Zone de Texte: 	Avant d’aborder les évènements qui bouleversèrent la  vie de cette dame, et  pour répondre à certains points de contestations, il est important de mentionner ce testament. Sans en rapporter tous les termes relatifs à la disposition de ses biens, nous ne retiendrons que le passage concernant sa sépulture et celle de ses enfants. En substance, ce testament établi en 1416, trois ans  avant son décès, intégré dans « Mélanges historiques : choix de documents, tome 3 »  édité à l’Imprimerie Nationale en 1896, stipulait :
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Zone de Texte: LES DERNIERES VOLONTES DE MARGUERITE DE BRUYERES
Zone de Texte: «  Je veux que ma sépulture soit en l’église du prieuré de Saint Didier audit Bruyères en la chapelle Notre-Dame audit lieu, auquel lieu mon très redouté seigneur et père, Jehan des Bordes mon très cher et très aimé fils, gisent et reposent, dont Dieu veuille avoir mercy de leurs âmes, et pour ce que, en ladite chapelle a peu d’espace, je veux et ordonne qu’elle soit réédifiée de neuf en telle manière que le corps de mon très cher et aimé fils soit rapporté de là où il est avec le mien et que nous ayons nos deux tombes élevées et assises sur une pierre l’un près de l’autre. Et aussi je veux que le corps de ma très chère et aimée fille, jadis femme de mon très cher et très aimé fils, soit rapporté en ladite chapelle et qu’elle ait semblablement tombe élevée... »
Zone de Texte: 	Ce testament soulève aussi quelques interrogations de la part de Laetitia Cochet. Elle pense que ce document ne peut pas coïncider parfaitement avec les observations de l’abbé Lebeuf. Considérant que les tournures de phrases utilisées dans un document de ce genre semblent souvent spéciales et même parfois ambigües, examinons chaque point contesté :
Le vœu exprimé par Marguerite de Bruyères d’être inhumée auprès de son père et de son fils : Elle ne demande pas le regroupement avec son père sous la même dalle, simplement que son fils soit auprès d’elle dans le mausolée qu’elle fait construire. Son père, inhumé dans la chapelle depuis plusieurs années avait sa propre tombe et le corps de son fils rapatrié avait lui aussi une tombe qui ne pouvait être que transitoire en attendant la construction du monument quelle projetait. 
Marguerite de Bruyères demande que le corps de sa belle-fille soit rapporté d’où il est pour avoir semblable tombe élevée : L’épouse de Jehan des Bordes est décédée un an après son mari, elle a très bien pu être inhumée ailleurs ou  même dans la chapelle seigneuriale (rien n’empêche de le penser) puisque le monument funéraire n’était pas encore prêt. Qu’elle ait semblable tombe élevée ne veut pas nécessairement dire que ce soit une tombe différente, comme le suggère madame Cochet, mais bien au contraire, cela peut être interprété comme un vœu de réunion avec son époux et sa belle-mère.
Enfin, Laetitia Cochet émet l’idée que les monuments funéraires ont pu être remaniés au cours des siècles et émet quelques doutes sur le fait que Guilhermy relie les statues qu’il a découvertes avec la dalle trouvée par ses soins dans le chœur de l’église et qu’il ne donne aucun argument particulier  : Peut-être ne donne-t-il pas d’argument particulier, mais en était-il besoin puisqu’avant la Révolution l’abbé Lebeuf avait relevé dans l’église uniquement  ces trois gisants sur une même dalle, et aucun autre.  Une tombe d’un chevalier était mentionnée également par ses soins,  mais sans indiquer qu’elle soit recouverte d’une statue, de plus, elle était située dans la chapelle Nord et l’année de la mort et les armes gravées sur la tombe ne peuvent correspondre ni à celles du père de Marguerite de Bruyères, ni à celles de son fils.
	La description de la découverte de Guilhermy après la Révolution démontre que si une des statues bien que rompue en deux morceaux parait entière, l’autre à ce moment était réduite à une seule moitié, cependant plusieurs fragments étaient sous le porche dit-il, ce qui permit certainement à la personne qui récupéra et installa les gisants dans l’oratoire de Morionville de la reconstituer.
Zone de Texte: LE MYSTERIEUX SAUVETEUR 
Zone de Texte: 	Par contre on peut supposer à qui appartenait la main qui a transporté, restauré, même maladroitement ces deux gisants. Il ne pouvait s’agir que de l’un des comtes de Ferrières de Sauveboeuf, propriétaire du domaine de Morionville, domaine qui était dans la famille depuis 1662 par l’acquisition qu’en fit Antoine Visinier, bourgeois de Paris et lieutenant au bailliage de Bruyères. La propriété resta dans la famille, mais cependant sous divers noms, l’héritage se transmettant par les femmes. Ainsi, après les Visinier, ce furent les Le Long qui devinrent propriétaires du domaine. Cette famille fut victime de la Révolution par l’incarcération de Claude René Le Long en 1794, qui sauvé cependant in extremis de l’échafaud par la fin de la Terreur, mourut malheureusement peu de temps après. Sa sœur, Geneviève Elisabeth, en épousant Jean-Claude Geoffroy d’Assy apporta le domaine dans cette famille. Jean-Claude Geoffroy d’Assy fut guillotiné en 1794 et ce fut sa petite fille qui transporta le domaine dans la maison de Ferrières par son mariage en 1829 avec François, René, Adolphe de Ferrières de Sauveboeuf. Est-ce lui ou son fils Louis, François, Joseph, le mystérieux « sauveteur » des gisants ? Les premières notes de F. Guilhermy étant datées de 1851, je pencherai plutôt pour ce dernier, lequel, paraît-il, était artiste sculpteur à ses heures et ornait le parc de son château ainsi que la forêt de la Roche Turpin de ses œuvres. Or, en faisant quelques recherches à ce sujet j’ai trouvé par l’intermédiaire d’Internet une notice se rapportant à une vente aux enchères concernant un bronze exécuté par ce dernier. Ce document le présente comme le fils du comte de Ferrières et d’Anne-Louise Elisabeth Geoffroy d’Assy, celle-là même qui avait apporté par son mariage le domaine de Morionville aux de Ferrières. D’après ce document, une trentaine d’œuvres du comte auraient déjà été mises en vente. Né après 1829, année du mariage de ses parents il mourut en 1893. Les premières constatations de Guilhermy datant de 1851, cette probabilité peut être envisagée sérieusement.
	Quoi qu’il en  soit, cette famille éprouvée par les excès révolutionnaires, ne pouvait qu’être sensible au double drame qui frappa les de Bruyères à quelques siècles d’écart.
Zone de Texte: LA TRAGIQUE HISTOIRE DE MARGUERITE DE BRUYERES, DAME DES  BORDES
Zone de Texte: 	Après avoir décrit cette découverte, après voir tenté d’en percer les mystères et au vu des doutes élevés par certains et de mes propres convictions, la question se pose : qui sont ces deux dames ? Pourquoi ce vœu émis par Marguerite de Bruyères ? Autant d’interrogations auxquelles, grâce aux archives de Bruyères, on peut répondre, tout au moins partiellement.
	Le nom de Bruyères-le-Châtel  comme patronyme apparaît dans les archives concernant notre village tout au début du 12ème  siècle2). Marguerite de Bruyères, dame des Bordes, fut la dernière à posséder la seigneurie. Son époux, Guillaume des Bordes fut chambellan du roi Charles V. Un seul enfant naquit de leur union, Jehan des Bordes, lequel à son tour, comme son père fut chambellan du roi, mais de Charles VI. 
	Guillaume des Bordes, outre sa fonction de chambellan, était également Porte Oriflamme. Ce fut sans doute cette haute distinction qui fut à l’origine des malheurs qui survinrent dans la famille. L’oriflamme, de couleur rouge en principe, était alors l’un des symboles de combat pour la Foi et la signification que ce combat était un jugement de Dieu. Cette oriflamme était conservée à Saint Denis où le roi venait la prendre pour combattre les infidèles, mais la plupart du temps, pour ce faire, il désignait un chevalier qu’il voulait distinguer. En fait, dès le 14ème siècle, cette distinction temporaire pour le temps d’une bataille devint une charge honorifique permanente. En conséquence, on comprend pourquoi Guillaume des Bordes ainsi honoré figura parmi les principaux chefs de guerre chrétiens qui entreprirent une croisade en Bulgarie contre les envahisseurs turcs. Cet ost fut conduit par Jean de Nevers, fils de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. A ses côtés figuraient des noms prestigieux tels Jacques II de Bourbon, Jean de Vienne amiral de France, Jean II le Meingre, dit Boucicaut, maréchal de France et bien d’autres... Il est probable que dans cette aventure Guillaume des Bordes entraîna son fils déjà pourvu d’un titre auprès du roi.
	Mais pourquoi cette croisade ? A la fin du 14ème siècle les pays chrétiens d’Europe prirent conscience du danger que représentait l’Islam et principalement la Turquie dont le sultan Bajazet avait envahi le royaume bulgare. Outre l’ost français toute la chevalerie de l’Europe occidentale répondit avec ferveur au message de détresse envoyé par les pays menacés. Rejoignant l’armée de Sigismond, roi de Hongrie, ils durent stopper leur avance devant Nicopolis et n’ayant aucun moyen pour mettre le siège devant la ville, ils décidèrent d’attendre Bajazet pour lui livrer bataille. Ce qui ne manqua pas d’arriver, mais ils furent surpris par le nombre et la force de l’armée ennemie.
Zone de Texte: 	Cependant Jean sans Peur ayant exigé, « pour l’honneur et pour la gloire», de constituer l’avant-garde de l’armée chrétienne fut victime de la tactique du sultan Bajazet dont les éléments de pointe composés d’archers à pied masquaient un champ de pieux destinés à briser l’assaut de la cavalerie adverse. Les chevaliers français ayant perdu leurs montures, continuèrent malgré tout leur avance, mais tombèrent sur le gros de l’armée ottomane où ils furent entièrement défaits. Guillaume des Bordes fut tué au cours de la bataille et son fils fait prisonnier. Le roi Sigismond de Hongrie, voyant l’ost français en difficulté et comprenant que l’issue du combat ne faisait plus aucun doute, prit la fuite. Dès lors, la bataille était terminée et l’ost des croisés capitula.
Zone de Texte: 	Bajazet se montra particulièrement cruel envers les survivants. Les croisés durent décliner leur identité et leurs ressources, ceux qui étaient insolvables furent immédiatement décapités. Ainsi furent massacrés trois mille croisés. Trois cents environ furent épargnés mais destinés à l’esclavage. Pour les prisonniers les plus fortunés le sultan exigea des rançons énormes. Jean de Nevers fut libéré contre une somme considérable et malgré ce désastre, c’est sans doute  pour ce haut fait qu’il obtint son surnom de Jean sans Peur. Le maréchal de Boucicaut également fut libéré. Quant à Jean des Bordes, il fut emmené comme esclave en Turquie, puis en Anatolie.
Zone de Texte: 	Marguerite de Bruyères ne réussit-elle pas à réunir la rançon demandée ? Quoi qu’il en soit, son fils ne revint pas vivant et mourut en terre étrangère. Un an après, sa jeune épouse, Jacqueline de Beauvais, décédait à son tour.
	Avec les renseignements maintenant en notre possession on peut aisément deviner la suite . Marguerite des Bordes cependant parvint à faire rapatrier le corps de son fils étant donné que dans ses dernières volontés  elle désire reposer «auquel lieu mon seigneur et père, et Jean des Bordes… gisent». Dans  son testament elle précise que sa sépulture doit être placée dans la chapelle Notre-Dame, laquelle était d'ailleurs la chapelle seigneuriale, mais qu'étant donné que cette chapelle a peu d'espace, elle demandait qu'elle soit réédifiée de neuf. En fait, ce fut le dernier agrandissement de l'église Saint Didier. C'est certainement à Marguerite de Bruyères que l'on doit les vitraux de la fenêtre Est (en partie murée) qui sont classés parmi les plus anciens de l'Essonne. Quatre d'entre eux ont fait l’objet d'une exposition intitulée «Les Arts sous Charles VI» qui eut lieu au Louvre en 2004. C'est ainsi, d'ailleurs, que l'on apprit que ces verrières pouvaient être inspirées des enluminures faites pour les «Heures de Boucicaut», par Jacques Coëne, pour le maréchal de ce nom. Marguerite aurait-elle fait appel au maréchal qui avait été compagnon d'armes de son mari et de son fils à Nicopolis, lequel avait eu la chance d'être libéré ?
	Ce mausolée aurait pu rester indéfiniment en cette chapelle sans la Révolution française de 1789. Effectivement l’église Saint Didier eut à pâtir de la fureur révolutionnaire. Sous l’influence d’un prêtre assermenté nommé Moynet, lequel sera d’ailleurs nommé ultérieurement administrateur du district et commissaire de surveillance, l’église sera dépouillée de tous ses ornements. Ce curé, entre autres, proposait de supprimer tous les signes extérieurs du culte et d’apposer au-dessus des «autels du temple» les déclarations des  Droits de l’Homme. Il préconisait aussi que pour «prévenir la grande dépense qu’occasionnerait la destruction des vitraux de l’église et leur remplacement par du verre blanc, il serait appliqué sur lesdits vitraux une couche de peinture de couleur uniforme». Voici comment nos vitraux furent sauvés d’une destruction ! Par contre les révolutionnaires se vengèrent sur les statues et en particulier sur les trois gisants, puisque celui de Jean des Bordes fut entièrement réduit en miettes et les deux dames mutilées : visages martelés, mains coupées pour effacer ce geste de prière qui ne pouvait que déplaire, et nombreuses dégradations sur la totalité des corps… 
	Et puis les deux gisants, après être restés longtemps devant le porche de l’église, misérablement saccagés et exposés aux intempéries, trouvèrent un refuge dans cet oratoire de Morionville et la suite, maintenant, nous est connue…

	Voilà, tout est dit… A chacun de se faire une opinion sur l’identité de ces deux dames,  d’examiner les détails. J’ai tenté d’être impartiale, mais peut-on l’être vraiment quand un sujet vous passionne ? Cependant, je pense avoir présenté tous les éléments en notre possession. Y en a-t-il d’autres d’ailleurs, il y a si longtemps… Alors sont-elles réellement Marguerite de Bruyères, dame des Bordes et Jacqueline de Beauvais 
2) Voir rubrique «Si Bruyères-le-Châtel était conté», chapitre «seigneurs de Bruyères»