Zone de Texte: SI BRUYERES-le-CHÂTEL ÉTAIT CONTE
Zone de Texte: LA FAMILLE BOUHAN DE LA ROCHETTE
(1457-1557)
Zone de Texte: 	La famille Bouhan de la Rochette pendant un siècle va être à la tête de la seigneurie de Bruyères. Le premier seigneur fut Loys de La Rochette dont les deux aveux qu’il présenta, le premier à Charles VII en 1458 et le second à son fils Louis XI en 1461, figurent dans les archives du château. Il ne faut pas confondre aveu et dénombrement. Le premier est la reconnaissance du vassal à son suzerain des terres que celui-ci lui concède et le dénombrement en est la description. Le suzerain peut être un autre seigneur, ou comme dans le cas présent, le roi lui-même et cette obligation doit être observée  à chaque changement de vassal ou de suzerain. Le Roi reçoit cette allégeance par l’intermédiaire de la Cour des Comptes de Paris et non comme un autre seigneur suzerain qui le recevait, en principe, à la porte de son domaine seigneurial. Le serment de « Foi et Hommage » qui doit impérativement être rendu dans un délai de quarante jours au maximum après l’aveu, avait perdu, à l’époque qui nous intéresse, toute solennité et tout en restant la base du contrat entre le vassal et son seigneur, se bornait à un bon acte notarié devant témoins. Ainsi Loys Bouhan de la Rochette (ou Bouhenc ou Bohan, suivant les divers actes en notre possession), par son aveu à Louis XI, avouait tenir « à une seule foi et hommage du Roi, à cause de sa Prévosté et Vicomté de Paris, les terres, seigneuries et possessions qu’il a acquises de Jehan de Voisins, auxquelles possessions étaient venues à lui par héritage du décès de Philippe de Voisins, son père ».
	La seigneurie se composait du chastel et chastellenie de  Bruyères-le-Châtel. Il faut distinguer le « chastel » qui était la résidence du seigneur et de son entourage politique et domestique, de la chastellenie ou seigneurie, représentant  l’ensemble des territoires confiés au châtelain pour y exercer la puissance publique. Les bornes de la seigneurie étaient ainsi définies dans l’acte :
« La chastellenie de Bruyères-le-Châtel ainsi comme elle s’étend et comporte le long en lé et de tous côtés, auquel lieu de Bruyères-le-Châtel, y a toute justice, haute, moyenne et basse, tabellionage reconnu et sceaux authentiques pour passer toutes lettres et contrats. Tenant et s’étendant icelle chastellenie jusque à la guée   de Chanteloup du côté de vers Rochefort, tenant au Pont de … et de là jusque à la rivière qui vient de Paris à Chastres sous Montlhéry et d’autre part devers ledit Chastres jusqu’à deux grosses bornes qui sont assises au chemin de Casseaulx près du moulin Moreau, sur le chemin qui tend dudit Bruyères audit Chastres et de là à une autre borne près du Gr… de Chanteloup et tirant tout au long d’une borne haute de terre droit l’Orme de Chevreuse et de là à trois bornes près de Marcoussis. L’autre costé devers Briis jusqu’au pont de Fontenay venant tout au long du Ruisseau jusque à Repenty  (Arpenty) et dudit Repenty tirant tout au long du chemin de Saint-Maurice et dudit Saint Maurice à Chanteloup. »
	Il a paru intéressant de reproduire le texte intégral de cet acte, quand bien même certains lieux semblent être inconnus de nous, ils indiquent clairement l’étendue de la seigneurie.
	Le dénombrement présenté par Loys de La Rochette est à peu près identique à celui présenté par Jehan de Voisins à ceci près qu’il convient d’y ajouter certains droits et lieux non mentionnés par son prédécesseur soit qu’ils aient été acquis par lui ou simplement omis lors de sa déclaration. Un détail très important était spécifié concernant le droit de pêche et celui de chasse, stipulant que nul ne pouvait ni chasser ni pêcher dans les limites de la seigneurie, sans l’accord du seigneur. A mentionner également le colombier valant de 4 à 6 livres, le four à ban d’un rapport de 15 livres et 3 pressoirs dont, paraît-il, n’en restait au moment de l’aveu rendu par Loys de la Rochette  qu’un seul qui valait 4 muids de vin.
          
Zone de Texte: Dans ce dernier aveu rendu par Loys de la Rochette, sont signalés les villages autres que Bruyères-le-Châtel, compris dans la seigneurie :  Bailleau, Couart, le Petit Rué, le Grand Rué, Repenty ou Arpenty, Verville, Luppigny, le Plessis de Bruyères, Mulleron. Cependant au jour de l’achat, ces villages qui représentaient auparavant 80 à 100 feux, étaient pratiquement désertés. Quelques uns malgré tout restaient encore peuplés. A Troux ne subsistait  qu’un paysan, La Roche abritait un seul ménage,  Dollainville six et le Grand Rué deux, alors qu’auparavant une soixantaine de  personnes habitaient ces quatre villages.  Cette dévastation était due à la Guerre de Cent Ans, laquelle à l’époque de la prise en possession de la seigneurie n’était terminée que depuis quatre ans. Si Bruyères fut épargné, les autres villages de la chastellenie  eurent à souffrir du passage du fameux général anglais Knolles qui ne laissait derrière lui que ruines fumantes et désolation. Le hameau de Lupigny ou Plessis Saint Thibaud dans la forêt de la Roche Turpin fut complètement déserté par ses habitants venus se réfugier au château de Bruyères lequel à cette époque, était une véritable forteresse avec créneau, mâchicoulis et fossés. D’une centaine d’habitants qui vivaient dans ce village à l’écart, aucun ne revint s’y réinstaller et peu à peu la végétation recouvrit les restes des maisons et de la chapelle construite jadis par Thomas de Bruyères… Aujourd’hui encore on peut voir quelques ruines qui subsistent.

Les ruines de Lupigny

Zone de Texte:    Voici donc, à peu près l’état de la seigneurie au moment ou Loys Bouhan de la Rochette  en devint le seigneur. Effectivement c’était une seigneurie qui avait souffert et de par la Guerre de Cent Ans et aussi du fait que les derniers possesseurs donnent l’impression de s’en être peu soucié. Qui était Loys de la Rochette ? Il était chevalier, ce titre n’était pas celui d’un grand seigneur. Si aux siècles précédents il était reçu par un homme en raison de ses faits d’armes et de ses exploits, peu à peu il devint héréditaire  et les héritiers pouvaient s’enorgueillir de le porter grâce aux mérites de leurs aïeux. Mais à l’époque qui nous intéresse, la noblesse était pour quelque temps encore considérée  comme un statut social, le titulaire possédant certains privilèges comme le droit de port d’armes, acquisitions de fiefs et parfois aussi jouissant d’une fiscalité particulière… Quant à la seigneurie, il convient de distinguer la seigneurie foncière qui était la possession d’un ensemble de terres et droits appartenant au seigneur et la seigneurie banale ou politique qui était le territoire dans lequel  outre les biens propres au seigneur qui y étaient inclus, celui-ci exerçait sur l’ensemble du territoire des droits de puissance publique (justice, police, commandement). Le seigneur pouvait alors vivre des ressources de sa seigneurie, à savoir le cens, la rente, et de la production de ses biens propres  dont les « tenants » des terres comprises dans la seigneurie étaient redevables de nombreux services ou corvées : labour, charroi, hersage, entretien des routes, des ponts, des moulins etc…

Le château d’après une gravure du XVIè siècle

Zone de Texte: ACQUISITIONS DE LOYS DE LA ROCHETTE :
          Loys de la Rochette ne parut pas songer à agrandir la seigneurie, il préféra faire une acquisition personnelle dans les limites de celle-ci. Il s’agit d’un manoir avec cour, colombier jardin et appartenances au fief de Verville dépendant de la seigneurie de Bruyères-le-Châtel que Loys de Challemaison lui céda ainsi que des prés, vignes, bois et pâturages, maisons de grains, etc… Le tout pour la somme de vingt cinq louis d’or à la couronne du coing et aloy du Roi. Par cette transaction on s’aperçoit que le four et la fontaine de Verville n’étaient plus sur la place qu’ils occupaient jadis.
	Il y eut une curieuse affaire difficile à éclaircir, les documents y afférents n’étant pas très explicites, entre le seigneur de Saint Maurice et les seigneurs de Bruyères au sujet de la justice de Saint Maurice. Cette histoire qui fut portée devant le Parlement de Paris débuta le 14 janvier 1490 et comporta plusieurs assignations à comparaître devant le Parlement. Mais ce qui semble le plus curieux, c’est qu’elle ne trouvera sa conclusion par une sentence définitive du Châtelet que le 10 octobre 1528, laquelle sentence attribuera cette justice aux seigneurs de Bruyères.
LA FAMILLE DE LOYS I DE BOUHAN DE LA ROCHETTE :
Loys I avait épousé une demoiselle de Villequier. Le couple eut deux enfants Loys et Charlotte. La fille reçut après son mariage avec le seigneur de Briis, les fiefs de Saint Yon et Janvry, tandis que son frère héritait la quasi-totalité de la terre et châtellenie. En outre, l’épouse de Loys I avait acquis après le décès de ce dernier, le fief de Dollainville, tenu désormais  en Foi et Hommage de la seigneurie de Bruyères.
LA FAMILLE DE LOYS II :
          Il avait épousé Marie de Chandis, quatre enfants furent issus de cette union :
Jean l’aîné, entra en religion à l’abbaye de Saint Denis et perdit ainsi son droit d’aînesse.
Loys III, qui épousera Charlotte David,
Jacques, contracta mariage une première fois en 1511 avec Renée de Villetain de la Seigneurie de Chevreuse et de Jouy en Josas, une seconde fois en 1525 avec Jehanne de Pardieu et en 1533 avec Jacqueline de Vuicardel, fille de Nicolas de Vuicardel, seigneur de Granelle et d’Adrienne Lecomte.
Charlotte qui s’unira à Georges Pillière, seigneur de Motelle.
          On ne sait pas grand-chose sur la vie de Loys II de la Rochette. On peut simplement situer sa mort entre 1510 et 1512, et c’est en cette année 1512  qu’eût lieu le partage des biens entre la fratrie. En fait, ce partage se fit entre les deux frères, Charlotte ayant vraisemblablement reçut sa part sous forme de dot lors de son mariage, part qu’elle cèdera en partie par la suite à son frère Jacques. Cet acte de partage est volumineux et comporte beaucoup d’indications sur la famille de la Rochette. Le consigner en totalité ici est impossible, aussi il n’en est extrait que les indications les plus importantes . Malheureusement il est à signaler également que s’il fut facile à déchiffrer en son temps, certaines pages ont été endommagées . Ces archives ont dormi pendant des siècles dans un placard aménagé dans les lambris d’un des salons du château et les souris parfois ont trouvé à leur goût ces vieux papiers, dont l’encre aussi jaunie, n’a pas toujours facilité la lecture. A présent ces documents sont placés dans une armoire forte métallique à l’abri de toute intrusion.  Cependant voici le début de cet acte de partage avec toutes ses lacunes :     	          
Zone de Texte: 	Quoi qu’il en soit, ce partage est une étape importante dans le devenir du village, car il est à l’origine de nombreux litiges, chicanes, transactions douteuses parfois et il occasionna aussi un véritable drame familial qui affectera l’unique descendante de Loys III. Pourtant ce fut à lui qu’échut le château de Bruyères-le-Châtel, avec sa cour, basse-cour, grange, pressoir, fossés, jardin, colombier et fosse à poissons, ainsi que les fossés qui sont hors de la clôture du château. De plus il recevait une métairie à Morionville, le moulin de Guisseray, les dîmes des grains du terroir de Bailleau, l’étang de Billeau, la tuilerie de Martinchamp (qui alors était occupée). Mais ceci représentait les biens en propre, il s’agissait aussi de définir les limites de la seigneurie attribuée à Loys. En examinant ces limites on constate que la part de Loys était plus importante que celle de son frère. Cependant le village et ses maisons semblent avoir été répartis équitablement, sans toutefois bien définir lequel des deux possédait les droits sur le terrain où se situait le prieuré et l’église Saint Didier. Cela semble fâcheux puisque chacun des deux frères sur sa portion de seigneurie exerçait le droit de haute, moyenne et basse justice. En fait, rapidement Jacques augmenta cette étendue en acquérant le sixième de la seigneurie qui avait été cédé en dot à sa sœur, portion qui comprenait entre autre Dollainville (Ollainville), La Roche et autres lieux y voisinant. Quant aux biens propres attribués à Jacques, ils résidaient principalement dans la possession du moulin de Tournoye (Trévoix) avec ses appartenances et dépendances , des prés, vignes , les étangs du Plessis et la tuilerie près du Pré d’Arny. Outre la justice que chaque seigneur possédait sur la seigneurie dont ils avait hérité chacun avait le droit de posséder sergent, prévost, greffier, tabellion et autres officiers « sans que leurs hôtels et sujets demeurant à la seigneurie ne puissent répondre ou sortir de la juridiction de laquelle ils dépendaient ».
	En fait, les deux frères parurent satisfaits des conditions du partage et se déclaraient prêts d’acquitter par moitié tout ce qui pouvait découler des fiefs et arrière-fiefs dont ils avaient hérité. Le document scellant leur accord fut dûment enregistré le 5 juillet 1512 sous le sceau de la Prévôté de Montlhéry.
	Voici donc les deux fils de Loys II de Bouhan de la Rochette possédant chacun la moitié de la seigneurie foncière et de la seigneurie politique et l’un comme l’autre pouvait arguer du titre de seigneur de Bruyères en partie. Dollainville (ou Ollainville maintenant) intégré dans la seigneurie de Jacques, allait prendre du fait de ce partage, une certaine expansion. Le château  existait-il déjà à cette époque? il n’est fait mention que d’un hôtel, mais ce mot désignait aussi bien une maison importante qu’un château. Nous n’étions alors qu’à la fin du règne de Louis XII et ce n’est qu’en 1576 que ce château sera mentionné, lorsque Henri III en fera l’acquisition en aménageant en parc le terrain qui l’entourait.
Zone de Texte: A tous ceux  que ces présentes verront, Geoffroy Lemaistre, licencié en loi, garde de par le Roi notre Sire, de la Prévosté Chastellenie de Montlhéry, salut, savoir faisons que par devant Guillaume d’Estrechy, tabellion de Montlhéry et établi de par le Roi notre Sire, en ladite Prévosté et Chastellenie fait ……  en leur présence Noble homme Loys de Bouhan de la Rochette et Jacques de Bouhan de la Rochette, frères, ensfants et héritiers de desfunt Noble homme Loys de Bouhan de la Rochette et de Noble demoiselle Marie de Chandis, en leur vivant leurs père et mère, seigneur et dame  en chastellenie et seigneurie de Bruyères- e Chastel, lesquels Loys et Jacques frères assemblement et d’un commun accord, de leurs bons grés, bonnes pensées, franchement ont déclaré voulontiers, sans aucune force, avoir  ni autre …… ou des puissances aucune ….. ….. de leur fait et droit  et pour .….. aucun prouffits faire et leurs dommages ….. Ils disent, reconnaissent et confessent ….. et faire par entre eulx les lots, partages, portions, sincèrement de toute la terre, chastel, seigneurie et chastellenie dudit Bruyères le Chastel les appartenances, circonstances et dépendances...

Les armes des La Rochette

Zone de Texte: 	Loys III de Bouhan de la Rochette épousa Charlotte David. De leur union naquit une seule fille, Jehanne. Loys dut mourir en 1524 car cette même année son frère Jacques fut nommé tuteur et curateur de Jehanne encore mineure. Le 25 juillet 1539 fut établi le contrat de mariage de Jehanne de la Rochette et de Jehan d’Allonville, écuyer, seigneur de Louville. Etaient présents, outre le tuteur, Charlotte David, la mère de l’épousée, autorisée par son deuxième mari Laurent Le Bossu et Loyse d’Allonville, mère du marié. La dot de la jeune épousée était en fait une avance sur son héritage puisqu’elle était le seule héritière de son père. Elle recevait la moitié de la seigneurie de Bruyères. Cependant sa mère émit quelques réticences au sujet d’une somme de 4 500 livres tournois revenant à sa fille et dont elle prétendait que les deux tiers, soit 3 000 livres lui revenaient comme provenant autant des biens communs que des biens apportés par elle lors de son mariage… On transigea alors par un accord assez boiteux par lequel les jeunes époux s’engageaient à restituer cette somme durant les deux années à venir. Si ce fait mérite d’être rapporté, c’est qu’il démontre clairement l’état d’esprit qui régna au sein de cette famille qui ne cessa de se chamailler pour des restitutions d’argent, des clauses qui à notre époque sembleraient curieuses, telles qu’en cas de décès de Jehanne avant que la totalité soit remboursée, on s’engagea à restituer cette somme au malheureux veuf...
Six enfants naîtront de cette union :
Jehanne, qui épousera Pierre de Ferrières, seigneur de Moreauville,
Charles
Loyse qui s’unira à Jehan d’Authier, seigneur de Villebon
Esprit,
Gérard,
Hélène
Zone de Texte: PREMIERE MOITIE DE LA SEIGNEURIE
Zone de Texte: 	Après le mariage de Jehanne et pendant plusieurs années, les rapports entre les deux seigneuries paraissent avoir été satisfaisants mis à part un litige qui s’éleva entre Jacques de la Rochette et Jehan d’Allonville en 1553 au sujet de la justice de Moreauville, le mari de Jehanne estimant que ce droit appartenait à la partie de la seigneurie dont avait hérité sa femme et que les habitants de ce lieu devaient être déclarés justiciables par devant ses juge et prévôt, tandis que Jacques de la Rochette soutenait la thèse inverse. Il paraîtrait que le litige fut tranché en faveur de Jacques de la Rochette.
	Quelles étaient les relations du couple d’Allonville ? Les documents consultés parmi les archives prouvent de toute évidence que le mariage ne fut pas une réussite. Que se passa-t-il entre eux pour aboutir à cette mésentente qui déchira la vie de Jehanne et fut certainement la cause de sa mort. A part quelques transactions sans importances entre 1539, date de leur mariage et 1557, rien n’indique un quelconque désaccord dans le ménage. Mais brusquement tout change. Beaucoup de points restent obscurs, les actes officiels relatent certains faits froidement, sans en donner la cause et sans que l’on sache ni pourquoi, ni comment. Ainsi pourquoi Jehanne le 12 mai 1557 fit elle procuration à son mari par acte dûment authentifié « de sa bonne volonté et connaissance, pouvoir, puissance et autorisation de vendre, aliéner, engager, hypothéquer, bailler à ferme un lieu de « chastel » de Bruyères, appartenances et dépendances et de tous les autres biens, meubles et héritages, terres et seigneurie à elle échus par la succession de Loys de La Rochette, son père pour tel prix et somme que son mari verra ou s’il veut constituer rente sur tout et chacun de ses biens » ? Elle jurait par serment de ne jamais contrevenir à cet engagement. Le 16 juin de la même année son mari usant de cette procuration cède par contrat à Nicolas d’Aubray, notaire et secrétaire du Roi, la terre, châtellenie et baronnie de Bruyères-le-Châtel moyennant 2418 livres 6 sols 8 deniers de rente perpétuelle agrémenté d’une somme de 1 980 livres dont 900 livres lui furent versées immédiatement en écus d’or soleil, le solde devant lui être remis dès que son épouse aurait ratifié cet échange. Pourquoi alors Jehanne de la Rochette va-t-elle s’opposer à cette cession et déposer une complainte, c’est-à-dire un recours en justice permettant à un propriétaire de recouvrer ou de garder la propriété de son immeuble ? Le Parlement de Paris par un arrêt ordonnera l’apport de l’acte de cession de la seigneurie de Bruyères, ainsi que l’acte de procuration du 12 mai 1557 et la requête, à priori, semble avoir été jugée recevable ordonnant toutefois un supplément d’information. Une conjoncture ambiguë va alors s’instaurer et qui se prolongera bien au-delà de l’accommodement final des deux époux. Elle perdurera même après le décès de Jehanne de la Rochette. En fait, elle ne ratifiera jamais le contrat passé par son mari. On ne peut qu’imaginer la scène qui eut lieu entre les époux lorsqu’il fallut avouer la transaction et tenter d’obtenir la ratification de l’épouse. Même le fait que la rente devait lui être versée n’incita pas celle-ci à accepter de se démunir d’un bien auquel sans aucun doute, et la suite le démontrera, elle tenait beaucoup. Pour s’opposer à cette cession et peut-être pour se protéger d’un mari en qui elle n’avait plus du tout confiance, le 2 octobre de la même année, Jehanne déposera à la Prévôté du Châtelet une demande de séparation de biens d’entre son mari et elle. Bien sûr ,il peut aussi s’agir d’une semple manœuvre dans le but de préserver les biens de Jehanne. 

	Cette longue histoire ne peut s’achever aujourd’hui et nous sommes obligés, à notre regret, d’y porter la mention « A suivre ». D’autant plus qu’il ne s’agit que du devenir de la première partie de la seigneurie et que d’autres péripéties vont venir s’ajouter à celles-ci en ce qui concerne la demie seigneurie échue à Jacques de la Rochette. L’histoire contée ici n’est qu’un condensé destiné à démontrer à quel point en cette période déterminée, la seigneurie de Bruyères était perturbée. Soulevons un peu le voile qui recouvre la suite sur une note plus réconfortante. Après toutes ces vicissitudes rapportées ici et celles à venir, ce sera malgré tout Claude d’Aubray, le frère de celui qui cause tant de tracas, qui réussira à reconstituer l’homogénéité de la seigneurie de Bruyères-le-Châtel.

 

Suite de la partie 1