Zone de Texte: LE DOMAINE D’ARNY

Zone de Texte: 	Le domaine d’Arny s’est édifié peu à peu à partir de 1574, année où apparaît dans plusieurs actes le nom de Dugué comme en étant propriétaire. Jusqu’en 1907 ce fut le patrimoine des descendants du premier Dugué qui acquit ce petit bien peu conséquent, situé à proximité du hameau d’Arny et dépendant de la seigneurie de Bruyères-le-Châtel. Une maison dénommée « manoir » bien que modeste et représentant l’héritage en indivis de Didière de Montqueron, laquelle vendit sa part à Pierre Dugué en 1596, fut vraiment le point de départ du domaine. Cette acquisition comportait également quelques bâtiments annexes (fournil, grange) et des terres cultivables, bois et prés, certains proches de la maison, d’autres répartis dans le village.
         Pierre Dugué était issu d’une famille de marchand, lui-même étant dit « marchand-cordonnier ». Il semblait jouir d’une certaine aisance financière, ce qui lui permit jusqu’à son décès en 1659 d’augmenter ses possessions dans Bruyères. Son fils, Jean, dut naître en 1642 ou 1643 et avec lui commença une lente ascension sociale vers des fonctions de plus en plus importantes. Lors de son mariage avec Françoise Gonnet, fille d’un vigneron de Leudeville, il exerçait la charge de tabellion au bailliage de Bruyères, fonction qui équivalait à notaire mais ne pouvant être pratiquée que dans les limites d’une seigneurie. En 1676, il était arpenteur royal de la Prévôté de Montlhéry et à partir de 1681 il portait le titre de procureur fiscal exerçant son activité semble-t-il, aussi bien à Bruyères qu’à Launay-Courson. Ces trois offices, assez modestes il est vrai, semblent avoir été exercés simultanément et lui donnèrent l’occasion d’avoir une parfaite connaissance des biens de chacun et des différentes situations des familles, facilitant ainsi ses innombrables acquisitions. Effectivement de 1666 à 1698, année de son décès, on compte 44 achats de biens concernant surtout des terres contiguës au domaine afin de l’agrandir et de le dissocier des quelques maisons situées à l’entour formant le hameau d’Arny. D’autres biens plus écartés furent également acquis dans le but évident de procéder, le moment venu, à des échanges avec d’autres plus proches.
          Jean Dugué eut trois enfants. Deux filles moururent respectivement à l’âge de 19 et 25 ans et furent inhumées dans la nef de l’église Saint Didier. La dalle qui recouvrait jadis leurs corps ainsi que celui de leur mère, est adossée au mur Nord, près de celle concernant leur père. Le troisième enfant, Jean II né en 1673 avait 28 ans lorsqu’il hérita du domaine. En 1697, il accédait au 34ème office d’auditeur à la Chambre des Comptes et de ce fait à la noblesse de robe. Ses armoiries inscrites à l’armorial général de d’Hozier étaient « d’azur au cheval effaré d’argent, au chef d’or ». En 1700 il épousa Catherine Coeuret, fille d’un officier de Madame la Duchesse d’Orléans (la Palatine). Sur les huit enfants du couple, trois moururent en bas âge. Ne survirent que trois filles et deux garçons. 

          Jean II mourut en 1720 à Arny, huit ans après son épouse. Son fils aîné Jean III alors âgé de 15 ans, ne pouvant hériter de l’office, celui-ci fut donc vendu par le tuteur des enfants. Cependant, le père étant « mort en charge » et ayant exercé pendant plus de vingt ans, ses deux fils devenaient héritiers de la noblesse et pouvaient se qualifier écuyers. Le règlement définitif de la succession n’eût lieu qu’en 1725 et le cadet, Nicolas ne tarda pas à renoncer aux biens d’Arny moyennant certains dédommagements en terres situées à Bruyères et en dehors. Les trois filles avaient eu pour héritage les biens situés à Paris et autres lieux qu’Arny.
          C’est avec Jean III que s’affermit la situation sociale des Dugué. D’abord en 1730 par l’achat d’un office d’avocat du roi en la Chambre du Domaine, puis en 1758 cette charge fut remplacée par celle de Conseiller d’honneur avocat du roi. La famille résidant à Paris, le domaine d’Arny devint plutôt u ne résidence secondaire. Cependant le nouveau propriétaire poursuivit la politique d’agrandissement de ses père et grand-père. Précédée d’une ferme ouvrant sur le chemin de Trémerolles à Arny, la maison, qui n’était pas à l’emplacement de l’actuel édifice, avait paraît-il l’apparence d’un château. Au fond d’une cour dont les grilles l’isolaient de la ferme, elle était entourée d’un jardin et d’un parc qui descendait en pente douce jusqu’à la Remarde. L’exploitation - ferme et terres -   était d’un très bon rapport, en grande partie grâce à la richesse de la terre bien irriguée par la rivière. Par ailleurs, les vignes étaient alors très fructueuses et les Dugué vendaient leur vin, en particulier à un certain Sauval qui tenait boutique dans une maison rue de Sèvres à Paris dont il était, de surcroît, le locataire de son fournisseur. 
      A partir de 1744 Jean III Dugué porta le titre de « seigneur de Guisseré-Montauban, la Vallée Guilbaut, et Saint Didier en partie ». La Vallée Guilbaut était en réalité un petit fief octroyé par le seigneur de Soucy à qui il fut rendu « Foi et Hommage ». Le fief, survivance de la féodalité restait toujours, en principe, la propriété du seigneur qui l’octroyait et qui n’en concédait que les revenus au bénéficiaire en échange de certaines obligations et services. Quant à Guisseray-Montauban, situé dans la paroisse de Breuillet, il avait été acquis auprès de François de Courtis, curé de celle de Saint-Didier de Bruyères. Quant à Saint Didier, il s’agissait seulement de quelques terres jusques là tenues en censive auprès des Religieuses de la Saulsaye, lesquelles avaient la desserte du prieuré du même nom. Cette censive fut transformée en bail emphytéotique qui fera,  plus tard, l’objet de contestations par le seigneur Le Mairat lorsqu’il établira le terrier de la seigneurie.
           En 1753, Jean III épousa en premières noces Catherine Salomon, alors âgée de 38 ans.  Est-ce en raison de cet âge tardif pour une première maternité qu’elle décéda deux ans plus tard en mettant au monde Catherine. Néanmoins cette épouse lui apporta certains biens en dot, une maison à Paris et plusieurs rentes qui semblent avoir rétabli provisoirement une situation financière quelque peu obérée. Effectivement, toutes les rentes qu’il avait constituées en règlement et de ses acquisitions et de l’achat de sa charge d’avocat finissaient par induire un état financier assez critique. Apparemment, il vivait assez dangereusement. Il a été retrouvé plusieurs actes de procédures engagées contre lui pour défaut de paiement. Après son second mariage en 1758 avec Jeanne Françoise Gobiat qui lui apporta quelques biens, un accord de répartition avec 14 de ses créanciers intervint. Cependant la saisie de certaines de ses possessions ne put être évitée et en particulier en 1770 celles d’Arny. Le 15 juillet, est-il dit, après les affiches réglementaires, le procureur du Châtelet de Paris procédait à la première des quatre criées ou ventes au plus offrant du domaine. Curieusement, par suite de quelque savante machination organisée vraisemblablement par Jean III, il ne se présenta aucun acheteur. Il n’y eut alors d’autre solution que de maintenir le bail judiciaire qui avait précédé la saisie et qui ne sera levé qu’en 1773, lorsque Bertrand Charlet aura entièrement désintéressé les créanciers. Car en 1772 Jean Dugué n’hésita pas,  alors qu’elle n’avait pas encore atteint seize ans, à marier sa fille Catherine à Bertrand Charlet, lequel avait presque le double de l’âge de la jeune fille. Originaire des Ardennes, ce dernier était avocat aux Conseils du Roi, titre qu’il ne conserva pas très longtemps. Le contrat de mariage, outre les biens apportés par l’époux, indique que la jeune épousée apportait en dot 36 376 livres de créances diverses (dont la plupart sur la banqueroute de Law !), et en avancement d’hoirie la nue propriété de la terre d’Arny ainsi que la ferme du Bourg Neuf en toute propriété à charge cependant de payer au vendeur ce qui restait dû. Par cette alliance, Bertrand Charlet s’engageait à désintéresser les créanciers de son beau-père pour clarifier une situation confuse concernant l’héritage de son épouse et déterminer ce qui lui revenait réellement. Apparemment, la tâche ne fut pas aisée et occasionna beaucoup de dissensions entre le beau-père et le gendre. Il est difficile de séparer les différentes instances juridiques dont les Dugué-Charlet furent l’objet en 1773. 
          Bertrand Charlet fut reconnu tuteur légal de sa jeune épouse devant le lieutenant civil du Châtelet. Bon gré, mal gré, il s’employa à apurer toutes les dettes de son beau-père et, la plupart du temps en s’endettant lui-même. Mais après plusieurs tergiversations, requêtes, arrangements les biens d’Arny furent sauvés et restèrent dans la famille. Cependant, bientôt il fut accusé d’utiliser la fortune de sa femme pour ses besoins personnels. Une séparation de biens fut prononcée et il dut rembourser à son épouse les sommes incriminées. Ceci ajouté aux emprunts faits pour le désintéressement des créanciers de son beau-père et au paiement du nouvel office qu’il acquit en 1778 de Contrôleur du Payeur des gages de la Chambre des Comptes et sans compter un placement malheureux, mit sa fortune vraiment en péril. Ce n’est peut-être pas uniquement la raison qui provoqua la séparation du couple. En 1789, l’une résidait chez une cousine Faubourg Saint Jacques, l’autre dans un appartement au Marais. La séparation de corps officielle intervint en 1792 après délibération d’un conseil de famille dont la décision fut rendue officielle par un jugement du Tribunal civil. Cependant la descendance était assurée puisque de 1772 à 1787 Catherine Dugué/Charlet mit au monde sept enfants.
          Revenons à Jean III Dugué, dont on peut à juste titre condamner une certaine légèreté dans la gestion de ses biens et ne pas approuver, à notre époque, le fait évident qu’il n’hésita pas à sacrifier sa fille pour sortir de ses difficultés. Il décéda à Paris en 1792 et put voir le naufrage du mariage de sa fille. De ses secondes noces il avait eu deux enfants, Joachim et Marie Thérèse. De l’un on a pu savoir qu’il était juge de paix sous la Révolution et que l’autre épousa un lieutenant d’infanterie, mais aucun des deux n’intervint dans la succession concernant Arny. Quant à la personnalité de Jean III, peu de choses à dire, si ce n’est que l’inventaire de la bibliothèque après le décès de sa première épouse, laisse à penser qu’il était un homme très religieux à en juger par le nombre d’ouvrages pieux dont un certain nombre très marqué de jansénisme, doctrine qui imprégnait fortement les milieux judiciaires.


Zone de Texte: 	L’officialisation de la séparation de corps entre les deux époux Charlet allait donner à Catherine Dugué les coudées franches pour pouvoir disposer de ses propres biens, Cependant Bertrand Charlet ne s’était toujours pas conformé à la sentence aux termes de laquelle il devait rembourser 28 000 livres à son épouse. Après le décès de Jean Dugué,  se trouvant pleinement propriétaire de la propriété d’Arny, Catherine désirait que son mari la laisse pleine maîtresse des lieux. Comme il faisait la sourde oreille et, plus encore, qu’outrepassant ses droits il avait fait mettre les scellés sur le manoir, elle dut avoir recours à la justice pour enfin retrouver la jouissance de ses biens. 
          La descendance du couple fut nombreuse :
                       Bertrand, Jean, né en 1771 et décédé à l’âge de deux jours,
                       Augustin, Louis, né en 1772,
                       Catherine, Françoise, née en 1774,
                       Alexandrine, Monique, née en 1776,
                       Bertrande, Isabelle, née en 1780 et décédée à l’âge de trois ans,
                       Armand, Jean-Baptiste, Théodore, né en 1785,
                       Alexandre, Louis, Maximilien, né en 1787.
          Les cinq premiers naquirent à Bruyères mais les deux derniers virent le jour à Paris.
          En vue du mariage de sa fille aînée  Catherine Dugué/Chalet réunit un conseil de famille qui l’autorisa à lui donner en dot le manoir et le clos d’Arny. De plus elle vendit une maison à Paris afin d’apurer l’achat de la ferme du Bourg Neuf. Catherine Charlet épousa en novembre 1792 en l’église Saint François au Marais, Claude Marcel Bourgoin, homme de loi et secrétaire du juge de paix de la section de la place « ci-devant Royale ».
          Le jeune couple considéra Arny plutôt comme une résidence de campagne. Cependant, indépendamment des réparations nécessaires effectuées par Catherine Dugué/Charlet lorsqu’elle donna le manoir à sa fille, Claude Bourgoin y fit différents travaux, tels que le pavage de la cour, la construction d’un escalier en fer à cheval devant l’entrée de la maison et la pose de plusieurs cheminées. En 1807, le couple augmentera également le domaine par l’achat de prés situés au lieu dit Les Petits Prés d’Arny.
          Le 1er janvier 1793, Bertrand Charlet mourait. Il ne laissait que des dettes et quelques meubles - dont quelques uns restés à Arny - qui furent vendus pour contribuer à l’extinction du passif qu’il laissait. Dès le 5 janvier, Catherine Dugué/Charlet fut nommée tutrice de ses enfants mineurs. Depuis que le manoir d’Arny était passé à sa fille, elle habitait Paris. Cependant pour apurer les dettes de son mari et celles qui subsistaient encore de son père, elle dut se séparer de plusieurs maisons à Paris mais conserva ses biens à Bruyères. Il lui restait la plus grande partie du domaine d’Arny, soit 13 hectares, avec la ferme et ses terres agricoles de 52,8 hectares,  une petite maison du fief de Guisseray, la maison de fermier et une autre plus petite au hameau d’Arny, ainsi que différentes pièces de terres situées à Saint Vrain et Leudeville. 
          Paris était alors sous l’emprise de la Terreur depuis le 1er avril 1794, aussi Catherine quitta-t-elle la capitale le 26 avril,  devançant ainsi l’application d’un décret dû à Saint-Just stipulant qu’aucun noble ne devait demeurer dans la ville pendant la durée de la guerre contre l’Autriche, guerre qui se transformait, en fait, en coalition de plusieurs états contre la France. Catherine prit peur pensant, sans doute à juste raison, que les offices détenus et par son père et par son mari, les assimilant à la noblesse, pouvaient lui nuire. Elle se réfugia donc dans ses terres et se présenta au greffe de la municipalité de Breuillet, accompagnée de sa fille Monique. Là, elle déclara avoir épousé un roturier d’un « âge avancé » qui n’avait exercé que peu de temps des charges, d’ailleurs assorties d’aucun privilège. Elle donna l’assurance qu’elle ne s’était jamais assimilée aux nobles et si son mari avait pris le titre d’écuyer, ce n’était que par vanité. En conséquence, elle ne se sentait pas visée par ce décret, mais avant de s’installer dans la maison de Guisseray dépendant de Breuillet, et pour montrer son civisme, elle préférait passer à la section faire sa déclaration. Elle ne rencontra, en conséquence, aucune difficulté à demeurer dans cette petite maison avec sa fille, les deux garçons étant probablement alors en pension. En juillet 1796, la tourmente étant passée, elle revint s’installer à Paris, rue Neuve Sainte-Catherine, aujourd’hui rue des Francs-Bourgeois.
          Plus tard, en 1808 elle contracta deux emprunts, qui furent remboursés à leur échéance, et qui étaient certainement destinés à l’établissement de son fils Armand. Elle semble à cette époque s’intéresser au domaine d’Arny, malgré le fait que depuis 1803, son gendre et sa fille aient vendu le manoir, y compris le mobilier, à un certain Jean-Baptiste Faivre, Colonel d’infanterie et major de l’Hôtel des Invalides. Ce dernier le revendra à Jean-Paul Fayard de Bourdelle en 1806, et cette transaction semble avoir provoqué quelque émoi aux deux plus jeunes frères, lesquels devant notaire furent contraints de renoncer à exercer quelque action en revendication contre les tiers détenteurs, ni aucune action en réduction de la dot de leur sœur.

 
Zone de Texte:           On ne sait plus rien sur Catherine Dugué/Charlet jusqu’à son décès qui survint le 27 février 1825 à Paris. La cérémonie religieuse eut lieu en l’église Saint Séverin à Paris mais elle fut enterrée à Bruyères. Son fils, Alexandre, en l’honneur de sa mère, fit construire l’autel qui est sous le tableau du XVè siècle représentant le mariage mystique de Sainte Catherine, dans la chapelle Notre Dame de l’église Saint-Didier de Bruyères. (photo ci-contre)
Zone de Texte: CATHERINE CHARLET APRES
LA SEPARATION
Zone de Texte: LA DESCENDANCE DE CATHERINE DUGUE ET
DE BERTRAND CHARLET
Zone de Texte: AUGUSTIN, LOUIS, JACQUES
          On sait peu de choses sur lui, il fut Lieutenant au 19ème Régiment des Chasseurs à cheval et décéda d’une « fièvre maligne », près de Cologne en février 1796, âgé de 24 ans.

CATHERINE, FRANCOISE
           Comme il fut dit plus haut, elle reçut le manoir d’Arny ainsi que le clos lors de son mariage en 1792. Nettement plus âgé qu’elle, Claude Bourgoin était alors secrétaire greffier du juge de paix de la section de « l’Indivisibilité » (quartier de l’ancienne Place Royale) et devint ensuite juge de paix jusqu’en 1801. Mais en fait, n’ayant pas été réélu, il semble avoir quitté ces fonctions puisqu’il est dit marchand de bois et ensuite directeur des Postes. Le couple eût cinq enfants. Catherine décéda en 1826.

ALEXANDRINE, MONIQUE
          Nous avons vu qu’elle accompagna sa mère à Guisseray sous la Terreur. Elle reçut de la municipalité de Breuillet en 1794 un certificat attestant qu’elle s’était « comportée en vraie républicaine, travaillant avec les autres citoyennes à la fabrication de la poudre  et assistant régulièrement aux instructions qui avaient lieu les jours décadaires dans le Temple de la Raison ». Elle épousa en 1796 Guillaume Carré, issu d’une famille habitant Paris mais possédant une maison à Bruyères, laquelle d’ailleurs fut la dot du jeune époux. Le couple s’installa donc à Bruyères et semble ne l’avoir jamais quitté. Si on ignore la profession de Guillaume on sait cependant qu’il fut maire de Bruyères de 1805 à 1847. Son père, Claude, était appelé dans le village « le bon médecin Carré » , étant médecin accoucheur à Paris. Une plaque dans l’église Saint-Didier évoque son souvenir. Il avait, paraît-il, ondoyé Bertrand, le premier né du couple Charlet/Dugué,  mort à l’âge de deux jours. Guillaume et Monique n’eurent qu’une fille, Isabelle.

BERTRAND, JEAN-BAPTISTE, THEODORE
         Il sera plus connu sous son prénom de Théodore. Il épousa en 1809 Alexandrine Tardivet dont le père Guillaume, émigré sous la Révolution, avait fait partie de la garde de Louis XVIII à Hartwell House. Il recommanda son gendre au roi lorsque ce dernier fut de retour en 1814. Ainsi, Théodore fut bientôt placé auprès de « Madame la duchesse d’Angoulême dans un poste de confiance qu’il a rempli avec honneur et dévouement jusqu’aux derniers jours de cette princesse ». La majeure partie de son activité auprès de la duchesse était ce qu’André Castelot a appelé « un véritable Ministère de la charité ». En 1820, il acheta le château de Bruyères à Jean Michel Villers, architecte de la duchesse. Il acquérait ainsi un important domaine de 96 hectares comprenant outre le château et un grand parc tels que nous les connaissons aujourd’hui, un corps de ferme avec ses bâtiments d’exploitation. Cependant, la propriété ayant subi plusieurs démantèlements était moins vaste qu’avant la Révolution. Etant donné ses occupations, il habitait habituellement Paris mais la fille de Louis XVI vint très souvent visiter son secrétaire au château où elle fit plusieurs séjours. En 1825, Charles X signait des lettres de patentes conférant le titre de baron à Théodore Charlet avec règlement d’armoiries. En 1830, la duchesse d’Angoulême dut repartir en exil. Ce fut le baron Charlet qui l’accompagna à Rambouillet pour rejoindre le roi et de là partir en Ecosse. En dépit de la séparation, Théodore ayant eu procuration, continua à gérer les comptes de la duchesse. Devenue veuve, elle s’établit à Frohsdorf où le baron vint souvent lui rendre visite. Il se trouvait d’ailleurs près d’elle lorsqu’elle y décéda en 1851.
         Le couple Théodore Charlet n’eut que deux filles. C’est de la descendance de l’aînée, Alexandrine, Eugénie, que Jean Soizeau Saint-Martin à qui nous devons la plupart de ces informations, est issu. 
        Théodore Charlet décéda le 3 janvier 1859 à Bruyères. Par testament il avait nommé son frère Alexandre exécuteur testamentaire et lui léguait sa bibliothèque. Il constituait également une rente de 900 francs aux Sœurs de la Congrégation de Saint-André de la Croix et entendait qu’elles jouissent à perpétuité de la maison qu’elles occupaient à Bruyères. La baronne Charlet, pour respecter le vœu de son époux leur en fit don quelques mois plus tard. Elle décéda à son tour en 1862 et fut inhumée aux côtés de son mari dans l’une des deux tombes jumelles sans inscription, au bord de l’allée centrale du cimetière de Bruyères.
         Le baron Charlet prévoyant que ses héritiers ne pourraient exploiter la totalité du domaine, avait commencé à vendre par adjudication certaines terres agricoles. Effectivement, en 1864 les héritiers cédèrent le château et les terres restantes à Eugène, Gabriel Le Faucheux, arquebusier.
ALEXANDRE, LOUIS, MAXIMILIEN
          Il était le dernier né et paraît-il, le préféré de sa mère. Elle en fournit la preuve lors du partage de ses biens. En retour, il n’était pas ingrat et avait une grande vénération pour elle.  Il était très attaché à la propriété d’Arny. Déjà très affecté lorsque sa mère avait cédé l’enclos à sa sœur pour lui constituer une dot, il le fut encore davantage lorsque cette dernière vendit le manoir. Il n’avait alors que 16 ans et resta impuissant devant ce fait. Dès 1811, en vendant peu à peu les biens en dehors de Bruyères que sa mère lui avait cédés, il commença à racheter à son beau-frère Bourgoin plusieurs pièces de terres et de prés entourant le manoir, et finalement en 1817 il rachetait le manoir et le reste du domaine, soit trois hectares, à la veuve du baron Jean Louis Mathivon de Curnien qui s’en était rendu acquéreur en 1809. Deux ans plus tard, il épousait Mélanie Arnaud.
          Il s’employa alors à agrandir le parc en achetant à la commune de Bruyères le chemin dit du bas d’Arny, lequel probablement était une entrave à ses projets. En ce qui concerne le domaine agricole il acquit également plusieurs pièces de terre au moyen de la vente  de la propriété de Guisseray que sa mère lui avait vendue. Toujours domicilié à Paris où il exerçait la charge de Conseiller à la Cour d’Appel, Arny était pour lui une résidence de campagne. Cependant en 1859, alors âgé de 72 ans, il décida de s’y installer définitivement et d’y finir ses jours. Le manoir alors devait  ne pas être en très bon état. Aussi Alexandre le fit-il raser et construire un nouveau château mais à un emplacement différent. C’est celui qui existe de nos jours. La nouvelle construction comprenait :
           - au rez-de-chaussée : un très grand salon, une salle à manger, un fumoir, un billard et trois chambres,
           - au premier étage : sept chambres dont une très grande au-dessus du salon et une petite salle à manger.
          C’est dans ce nouveau manoir qu’il décéda en 1868. Il est enterré sous une chapelle que sa veuve fit édifier au cimetière de Bruyères. Elle y sera elle-même inhumée en 1884.
DESCENDANCE DU COUPLE CHARLET/ARNAUD
          Ils eurent trois enfants : 
              - Edmond, décédé avant 1859, sans postérité,
              - Paul, né en 1824 hérita de la propriété d’Arny et contribua à son agrandissement. Célibataire il décéda en 1877 et transmit le domaine à son frère cadet,
              - Eugène, né à Paris en 1827. Jusqu’à 1894 il effectua plusieurs achats, ventes, et échanges de terres agricoles. Les limites de la propriété furent repoussées jusqu’à la Boëlle des Chevaliers et à la Remarde. Il fut uni à Marie de Gessler qui mourut 1871. Le couple avait eu deux filles décédées en bas âge, et un fils, Henri.
       HENRI CHARLET
          A la mort de son père, en 1903, étant le seul enfant restant, il hérita du domaine. Cet héritage ne l’intéressait-il pas ? Quoi qu’il en soit, en janvier 1907, il vendait tout le domaine à Jules Henner.           
Zone de Texte: ß Les tombes du baron et de la baronne Charlet