Zone de Texte: SI BRUYERES-le-CHÂTEL ÉTAIT CONTE
Zone de Texte: Voir partie 1
Zone de Texte: PREMIERE MOITIE DE LA SEIGNEURIE
Zone de Texte: 	Plusieurs jours furent nécessaires pour établir cet inventaire. Tout ce qui se rattachait au château et son contenu fut visité et recensé. D’abord la foulerie où était foulé le raisin, la boulangerie, la dépense, la cuisine et son contenu, ensuite les pièces « du bas » : salle commune, chambres dévoilèrent leur contenu. C’est ainsi que l’on peut découvrir comment ces châteaux à cette époque étaient meublés. En fait le mobilier était simple, il s’agissait surtout de planches posées sur des tréteaux en guise de tables, de buffets, de bancs. Les chambres étaient garnies de couches ou couchettes en bois, de chaises et tables et de coffres. Le lit était le plus souvent surmonté d’un ciel et entouré de rideaux surmontés d’une pente ou penture, bande d’étoffe pendue autour du ciel de lit. Les pièces « du haut » étaient principalement des chambres où on retrouvait le même mobilier qu’au rez-de-chaussée. Par contre deux chambres  étaient assorties d’une garde robe, pièce réservée à la toilette ; y étaient recensés des miroirs dorés, des aiguières en étain, sorte de vases à pied et à anse  et des armoires contenant des vêtements.
	Comme on peut le constater, ce n’était pas luxueux. En fait ces maisons seigneuriales, ou châteaux n’étaient pas très confortables à cette époque et le mobilier souvent très restreint. Les ustensiles de cuisine étaient peu nombreux, il s’agissait le plus souvent de chaudrons, de marmites, de lèche frites, de coquemars (bouilloires à anse), dont l’estimation dans la prisée montre le peu de valeur de ces objets.

Modèle de lit

coffre

Zone de Texte: 	Cet inventaire terminé, Jehan d’Allonville demanda que fut exécuté la même formalité dans son château de Louville, lieu de sa résidence. Les époux séparés de biens l’étaient-ils également de corps ? Il est vrai qu’à cette époque le divorce n’étant pas usité, la séparation de biens équivalait souvent à une séparation de corps. Quoi qu’il en soit, Louville était son bien propre et sans doute voulait-il être assuré d’une juste répartition. Cela semble fort probable étant donné qu’une fois les deux châteaux inventoriés, il produisit un état des dettes faites durant l’union, tant par lui que par sa femme. Le détail en fut donné dans le procès-verbal de l’inventaire, ne citons ici que quelques unes de ses propres dettes :
300 livres restant dues sur ce qui avait été promis à René de Préaux lors du mariage avec feue Loyse d’Allonville, sa sœur,
1 500 livres dues à ses frères et sœurs sur la succession de leurs parents,
25 livres de rentes constituées par lui et sa femme à l’église Saint Didier de Bruyères…..
	Peut-on déduire par les deux premières dettes, que Jehan d’Allonville avait un sens très particulier de la famille ? Cette remarque personnelle mise à part les arpenteurs et priseurs terminèrent les  formalités concernant cette opération en estimant et prisant certaines maisons joignant les murailles du château et diverses pièces de terre s’y attachant, sans oublier un moulin au village d’Arpenty. Deux lots furent faits et le tirage au sort entre les deux époux fut exécuté. Rien de bien original pour procéder à ce tirage : deux billets portant le numéro du lot furent mêlés dans un chapeau et la main innocente d’Aimé d’Allonville, dernier né du couple, tira le premier lot qui échut à sa mère. Notons que par la suite on ne trouve plus trace de ce bambin….
	Mais enfin, il est permis de s’étonner.  La situation du couple ne manque pas de piquant. Jehan d’Allonville vend château et seigneurie à Nicolas d’Aubray agissant soi-disant pour le compte de son épouse, celle-ci n’accepte pas cette transaction et demande le partage de biens, dont l’un en principe est vendu… Quoi qu’il en soit Jehanne continuera à vivre à Bruyères tout en s’obstinant à ne pas vouloir ratifier le contrat de vente signé par son mari, condition essentielle pour que la cession prenne effet.  Quel drame, quelles désillusions eurent lieu dans le couple d’Allonville entre le 12 mai 1557, date à laquelle Jehanne, faisant apparemment toute confiance à son époux, lui donna procuration  d’agir pour son compte dans toutes les opérations qu’il jugerait utiles et le 2 octobre de la même année où la requête de séparation de biens fut jugée recevable. Comment également expliquer la précipitation de Jehan d’Allonville à vendre Bruyères à peine un mois après que sa femme lui eut fait cette procuration ? Le testament qu’elle rédigea quelques jours avant cette promesse de vente (et pourquoi le rédigea-t-elle ?) ne laisse supposer aucune mésentente dans le couple… Par la suite nous verrons Jehanne, près de mourir, exprimer des regrets, mais pour l’heure elle témoigne une volonté farouche et pathétique à la fois, qui est ressentie à la lecture des différents actes judiciaires ayant eu trait à cette déplorable affaire. Malgré le laconisme des termes employés dans la rédaction de ces documents, on sent une épouse scandalisée et surtout meurtrie des agissements de son mari qui la dépouille de son héritage.
	Jehan d’Allonville eut-il conscience d’avoir fait une action répréhensible ? Dès le 6 juillet il introduisait  une requête en son nom et au nom de son épouse contre Nicolas d’Aubray, par laquelle Il requérait un ajournement pour l’exécution des clauses du contrat. Peut-être avait-il oublié l’acompte de 900 livres qu'il avait mis dans son escarcelle ? De ce fait, son acheteur ne sembla pas être d’accord  et il requit une sentence de provision entérinant le contrat d’échange. Une sentence de provision désigne ce qui est adjugé préalablement à une partie, en attendant le jugement définitif. Ainsi il est tout à fait clair que le sieur d’Aubray ne voulait aucun atermoiement et comptait bien employer les moyens judiciaires pour obtenir ce qu’il considérait comme acquis. 
Zone de Texte: 	Pour ce faire, un huissier royal devait être requis par l’exposant pour prendre toutes les mesures de mainlevée et faire tous les exploits et avertissements  nécessaires pour l’application de la décision. En conséquence, Jehan d’Allonville et Jehanne de La Rochette furent assignés à comparaître le 3 octobre prochain devant la principale porte et entrée de l’église paroissiale de Bruyères-le-Châtel  à 8 heures attendant 9 heures du matin. La situation devint alors tendue lorsque l’huissier présenta la copie de l’assignation à l’hôtel des deux procureurs respectifs du couple où  l’un et l’autre avaient élu domicile. Le procureur de Jehan d’Allonville, répondit qu’il n’acceptait pas d’être le vecteur de cette assignation et que l’huissier n’avait qu’à la donner à Jehan d’Allonville si bon lui semblait. Il ajouta ne plus vouloir se charger de la cause. Quant à Guillaume Feideau, procureur de Jehanne, absent à ce moment là, ce fut son clerc qui fit à peu près la même réponse, précisant qu’il n’avait pas la charge de recevoir tel document. L’affaire déjà si compliquée semble le devenir davantage.

Eglise Saint Didier

Zone de Texte: En dépit de cette fin de non recevoir, notre malheureux huissier accompagné de Michel de Vaulx avocat et conseiller de Nicolas d’Aubray ainsi que d’Etienne Courtin son procureur quittèrent Paris le 2 octobre et se rendirent au Greffe de Montlhéry en la maison portant enseigne de « La Fontaine ». Le lendemain tout ce monde se retrouva devant l’entrée principale de l’église de notre village où Guillaume Langerlier, prévôt de Bruyères, les rejoignit. Là dans le cimetière qui entourait alors l’église ils attendirent en vain une heure environ, mais détail cocasse, comme il n’y avait pas d’horloge véritable et n’étant pas très sûrs de l’heure exacte, ils attendirent que les fidèles sortent de la grande messe pour leur demander s’il était bien 9 heures ! Ceci leur étant confirmé ils firent appel à plusieurs paroissiens ainsi qu’à un « huissier à cheval » qui les avait rejoints afin d’appeler à haute voix Jehan d’Allonville et Jehanne de La Rochette, espérant peut-être les voir parmi les paroissiens. Evidemment personne ne répondit. Mais tout à coup, alors que le couple allait être déclaré défaillant,  survint un certain Jacques Chevalier se disant « prévôt de Bruyères » pour Jehan d’Allonville et procureur de Jehanne de La Rochette « soi-disant  dame de Bruyères ».  Etant fondé de leur procuration il fut aussitôt  avisé par l’avocat de Nicolas d’Aubray, que tous ces personnages étaient là afin de mettre à exécution la sentence de provision laquelle en attendant le jugement définitif, devait entrer en vigueur ce jour. De ce fait, le couple devait évacuer le château en emportant ses meubles et effets personnels. Quant aux exécuteurs, ils devront se transporter sur l’ensemble de la seigneurie, terres, bois, vignes, héritages et dépendances et aviser à leurs domiciles tous les gens de la seigneurie qu’ils étaient dorénavant redevables des rentes, loyers, baux à ferme, services, au nouveau propriétaire, Nicolas d’Aubray. 
A ce point du récit, je ne peux m’empêcher de me représenter  ces onze personnages représentant la loi, Nicolas d’Aubray ou le couple d’Allonville, vêtus de leurs vêtements de ville, désappointés de la tournure que prenait les évènements et surtout furieux de devoir marcher à travers champs et bois pour accomplir leur mission… Sans aucun doute cette perspective ne devait pas leur être très réjouissante. C’est que les évènements ne se passaient pas du tout comme prévu. Voilà que ce Jacques Chevalier à la lecture de l‘énoncé de la sentence de provision déclare qu’il y a eu appel de cette sentence auprès de la Cour du Parlement  dans le dessein de prouver que Jehanne de La Rochette est bien dame de Bruyères et possesseur de la seigneurie. Par la voix de ce représentant elle affirmait  que c’était son bien propre reçu par héritage de son père Loys de La Rochette, qu’elle ne vendit jamais ce bien et qu’elle n’entendait aucunement l’aliéner et qu’elle était plus que jamais déterminée à conserver ses possessions en dépit de tout le trouble que commençait de lui faire Nicolas d’Aubray. Enfin,  pour se prémunir contre toute saisie ou novelleté, elle informait qu’elle avait intenté une action en justice…
Au moment où l’avocat de Nicolas d’Aubray protestait contre cette déclaration et maintenait sa décision d’appliquer la sentence de provision puisque de toutes façons le jugement définitif devait intervenir plus tard, se présenta un certain Marin Robert, demeurant à Bruyères et se disant fondé d’une procuration de Jehan d’Allonville datée du 3 septembre précédent qui lui donnait  pouvoir et puissance  de recourir contre toute personne qui voudrait exécuter cette sentence. De plus, il affirmait que celle-ci avait été donnée précipitamment, par surprise, et sans que les intéressés en soient avisés. Il prétendait également que le « contrat de cession » n’était en réalité qu’une promesse sujette à la ratification de Jehanne de La Rochette. Son mandant, disait-il, n’avait agi que pour le bien de son épouse, et qu’ayant cette procuration de sa part, il avait voulu lui constituer une rente en échange de la châtellenie et seigneurie de Bruyère, persuadé alors qu’il la convaincrait de ratifier le contrat. Mais Jehanne ne voulut rien savoir….
Les paroissiens qui étaient restés sur place après la messe, surpris de voir tant de monde autour de l’église, furent avertis des évènements par les autorités qui jugèrent le moment favorable.  La sentence leur fut donc lue et ordre donné «à tous les manants et habitants » de ne plus considérer, à partir de ce jour, Jehanne de La Rochette et son époux comme seigneurs de Bruyères et reconnaître  Nicolas d’Aubray comme tel… Et après cette formalité, tous nos gens prirent le chemin du château.
Zone de Texte: 	Nous avons quitté Jehanne de La Rochette alors qu’elle venait de déposer une demande de séparation de ses biens avec ceux de son époux. Cependant Nicolas d’Aubray maintenait l’action en  justice qu’il avait intenté contre les deux époux afin de rentrer en possession de ce qu’il estimait être à lui. En conséquence, parallèlement à cette action, Jehanne de La Rochette, en exécution de la sentence lui accordant la séparation de biens, demandait que partage fut fait et inventaire dressé des acquêts et conquêts des deux époux, ce qui fut fait le 10 août 1560. Comme on peut le penser cette opération ne se fit pas sans récriminations, surtout du côté de Jehan d’Allonville, lequel voulait déduire des biens propres revenant à sa femme, les frais de réparation du domaine qu’il avait assumés. Sur ce, il lui fut répondu par le procureur et conseil de Jehanne que dans ce cas il fallait tenir compte des dettes qu’il avait contractées personnellement…. 
 

Le Grand Châtelet

Qui était le siège de la justice royale de la Vicoimté et Prévoté de Paris

Zone de Texte: 	Alors va commencer une longue période de procès, d’actions judiciaires, l’un voulant récupérer un bien qu’il pensait avoir acquis en bonne et due forme, l’autre ne voulant pas le céder. Il ne pouvait s’agir de recours à la justice locale. Le tribunal qui dépendait du bailliage était alors une institution intermédiaire entre la juridiction seigneuriale et la prévôté, et ne connaissait en première instance que des causes concernant les bénéfices, les domaines. Les affaires dépassant sa compétence étaient transmises au Parlement de Paris dont le roi était le haut justicier. L’ouverture de la procédure était faite par le demandeur auprès de la Cour des Requêtes, organisme du Parlement. Le défendeur, ou accusé,  était informé de l’accusation. S’il était défaillant, il perdait son procès à moins de s’être fait représenter par un procureur ou un avocat. La Cour alors enquêtait sur les faits et établissait un rapport qui serait examiné en assemblée sous la direction d’un juge et la sentence alors prononcée serait exécutée, sauf s’il était fait appel par lettre de relief. Si cet appel était reçu, alors un nouveau procès devrait avoir lieu, sinon le paiement d’une amende de « fol appel » serait exigée auprès du demandeur. Connaissant la suite de cette longue histoire ces explications, bien que succinctes, ont parues nécessaires. 
	
Zone de Texte: 	En conséquence, la défense au couple d’Allonville de continuer à jouir des biens cédés par ce contrat fut réitérée. Par ailleurs, toutes les conditions requises pour faire exécuter cette sentence ayant été accomplies par Nicolas d’Aubray, il ne restait plus qu’à procéder à l’exécution sur tous les lieux où elle devait entrer en vigueur.
	Or, il semble que le 4 août 1557, Nicolas d’Aubray fut autorisé à requérir la sentence de provision. Les époux d’Allonville fournirent-ils alors les différentes pièces afférentes au contrat d’échange ? Par contre, Nicolas d’Aubray exhiba de son côté tous les documents demandés, mais ni les d’Allonville, ni leurs procureurs respectifs s’étant présentés, ils furent déclarés défaillants. La sentence de provision sera réellement réputée exécutoire le 30 septembre suivant. En substance, elle énonçait clairement, qu’en raison des pièces exhibées par l’exposant Nicolas d’Aubray et les appels interjetés par Jehanne de La Rochette et son mari et, sans préjudice de cet appel aux droits que pourraient avoir les deux parties en cette affaire qui ne pourrait être jugée qu’en procès principal, le contrat de cession du 16 juin dernier « sortirait de son plein effet et en ce faisant jouirait ledit exposant de la terre et seigneurie de Bruyères-le-Châtel, ses dépendances et appartenances ».

La poterne

Seul vestige de l’époque

Les traces du pont

 levis sont encore visibles

Zone de Texte: 	Devant la porte principale, le pont-levis et le plancher étant relevés, le sergent Dubois qui accompagnait ces messieurs fut prié d’appeler à haute voix Jehan d’Allonville et Jehanne de la Rochette et de les sommer d’ouvrir la porte. Seul le silence répondit, quoi qu’il y avait tout lieu de supposer que les époux étaient dans le château. Alors, l’avocat déclara le couple défaillant et devant cette entrée fermée, Guillaume Langerlier, désigné par Nicolas d’Aubray pour remplir temporairement la fonction de prévôt et le représenter en cas d’absence, fut mis au nom et comme procureur de celui-ci en possession et jouissance réelles dudit château, appartenances et dépendances. A toutes les personnes  présentes qui s’étaient jointes à la petite troupe d’origine, il fut fait défense de par le Roi de causer nuisance quelconque au nouveau seigneur… Puis tout ce monde se rendit à l’auditoire et plaidoirie, lieu officiel où se tenaient les audiences et les plaids, où Guillaume Langerlier  fut installé sur la chaise du judicateur ou juge, le mettant ainsi en possession de la justice, toujours en lieu et place de Nicolas d’Aubray.
	Avant de poursuivre les formalités, ces messieurs furent d’avis qu’il était temps de se restaurer et décidèrent d’un commun accord de faire convoquer par le sergent tous les officiers et fermiers de Bruyères à l’hôtel du Prieuré à « deux heures de l’après midi attendant trois heures ».
Zone de Texte: 	Revigorés par un bon repas nos gens se retrouvèrent à l’heure convenue. Comparurent alors Yves Robert qui avait jusqu’ici la garde des sceaux aux contrats et sentences, ainsi que Jacques Chandelier, bailli de Bruyères. Tous deux rendirent compte des actes qu’ils avaient accomplis dernièrement, ignorant les évènements qui venaient de leur être révélés et promirent dorénavant de ne connaître comme seigneur de Bruyères-le-Châtel que Nicolas d’Aubray ou son représentant. Il en fut de même pour le lieutenant de la prévôté et le sergent.
	Quant à Marin Robert qui se disait fondé de procuration par Jehan d’Allonville, il déclara son tour venu, n’exercer pour le présent aucun état mais avoir tenu celui de lieutenant du bailli, charge qu’il ne voulait ni n’entendait dorénavant exercer. Malgré tout il lui fut fait défense d’occuper une fonction quelconque dans la baronnie jusqu’à ce que décision à son égard fut prise.
	Ensuite il fallut se résigner à parcourir l’étendue de la seigneurie afin d’informer tous les fermiers, tenants de bail et  métayers des dispositions qui venaient d’être prises. On se rendit, tout d’abord, au four à ban où il fut notifié à son fermier Spire Langlois, comme cela le sera pour toutes les personnes visibles, qu’à partir de ce jour, Nicolas d’Aubray était mis en possession de la seigneurie. Mais il se faisait tard et ces messieurs décidèrent de poursuivre ces visites le lendemain et allèrent loger à Chastres à l’enseigne des « Trois Rois ». Après ce repos bien mérité, furent donc visités le jour suivant, deux moulins sur la rivière d’Orge, des fermes, des pièces de terre et de vigne et partout le même cérémonial se déroulait en faveur de Nicolas d‘Aubray. Ce périple terminé ils retournèrent au château dans l’espoir de voir le pont-levis abaissé. Espoir déçu ! Contournant le mur ils avisèrent un petit huis donnant sur le jardin. . Ils firent alors heurter contre à coups de pierres pour être vraiment certains que personne n’était dans l’enceinte du château. Néanmoins, de cet endroit ils aperçurent, leur sembla-t-il, dans une ouverture d’une lucarne se baisser une arquebuse mais ils ne purent discerner si quelqu’un était derrière. En désespoir de cause il fut demandé au sergent Dubois d’afficher à l’entrée principale la défense qui s’ensuit :
 
« Nous, Pierre Viole, Conseiller du Roi en sa Cour de Parlement et des Requêtes du Palais, Commissaire en cette partie, par ce que en procédant à la requête de Nicolas d’Aubray, Seigneur et baron de Laigle, notaire et secrétaire du Roi, à l’exécution de la sentence de provision donnée par Messires des Requêtes le 26 août 1557 dernier entre Jehan d’Allonville, écuyer, Seigneur de Louville et demoiselle Jehanne de la Rochette, sa femme d’une part, et ledit Nicolas d’Aubray d’autre part, n ‘avons pu entrer au-dedans du château de la seigneurie de Bruyères-le-Châtel au moyen du pont-levis du château dressés ensemble le guichet et la poterne et pour les désobéissances faites d’abattre ledit pont-levis et faire ouverture dudit château et manoir, sans trouver homme qui nous ait pu dire ceux qui étaient dedans le château, ayant par nous fait devoir d’y entrer comme il est dit et contenu par notre procès-verbal, avons à la requête de Nicolas d’Aubray enjoint à Dreux Dubois, sergent royal au Châtelet de Paris, présent et assistant à icelle exécution d’attacher contre et alentour des murailles prochaines du château et pont-levis, que nous avons mis en possession réelle et actuelle du château et pourpris ensemble des terres et héritages dépendances de ladite seigneurie icelluy Nicolas d’Aubray. Et fait défense de par le Roi à Jehan d’Allonville et sa femme et tout autre de troubler et d’empêcher Nicolas d’Aubray en la jouissance d’icelle terré et seigneurie de Bruyères-le-Châtel et ses appartenances, ni des fruits d’icelle et de lui rendre lesdits fruits par eux perçus depuis le 16 juin 1557 qui est le jour du contrat de l’entertainement duquel en question. Et ce pour de plus en avertir ledit d’Allonville et sa femme de l’exécution de ladite sentence selon les injonctions que nous avons ci-devant faites aux assistants à ladite exécution. Et que cette présente sera transcrite en notre procès-verbal, fait à Bruyères-le-Châtel le 4 octobre 1557. ainsi signé Pierre Viole, l’an et jour contenu au blanc et à la requête du seigneur d’Aubray. Je, Dreux Dubois, huissier, sergent à cheval du Roi au Châtelet de Paris, ait mis et apposé pareille et semblable affiche contre un pilier faisant la première entrée de la porte et principale entrée du château. Ainsi signé Dubois. »

	Voilà l’exécution de la sentence est terminée et Nicolas d’Aubray est censé entrer en jouissance, par personne interposée, de la seigneurie de Bruyères-le-Châtel. Mais l’histoire est loin d’être terminée. Je m’imagine assez le couple d’Allonville enfermé dans son château et regardant d’une des fenêtres ces gens attroupés devant le pont-levis. Leur désir surtout est de ne pas se manifester et je pense que Jehanne est la plus déterminée à résister. N’est-ce pas elle qui a incité son époux à faire appel de la sentence ? Quoi qu’il en soit, elle va demeurer dans son château comme tend à le prouver les divers testaments qu’elle rédigea. Cependant, fait troublant, le jour même de la signature de cette fameuse promesse de vente, Nicolas d’Aubray avait accompli la formalité de « Foi et Hommage » à la Chambre des Comptes. L’acte sur parchemin atteste « que Henri II par la grâce de Dieu Roi de France, a reçu ce jour Foi et Hommage de Nicolas d’Aubray, baron de Laigle et seigneur de Bruyères-le-Châtel, en raison de l’acquisition qu’il a faite du fief de Bruyères-le-Châtel, ses dépendances et appartenances, tenu et mouvant du Roi ». Cette formalité n’était-elle pas un  peu précipitée, n’aurait-il pas dû attendre la ratification par Jehanne de La Rochette ?. 
	Les deux appels évoqués lors de la mise en possession de la seigneurie à Nicolas d’Aubray furent examinés par la Cour des Requêtes. Etrange revirement du magistrat qui avait été commis pour juger de la sentence de provision. Il reconnut que celle-ci avait été accordée un peu trop précipitamment et qu’il avait été passé outre à l’appel interjeté par Jehanne de La Rochette. Il donnait tort également à Nicolas d’Aubray d’avoir présenté sa requête sans avoir pris connaissance de cet appel. Les évènements tournent dans un autre ses, dirait-on.
	A l’examen du premier appel émanant de Jehanne de La Rochette il fut confirmé ce que Jacques Chevalier avait déclaré devant la porte de l’église, à savoir que le contrat d’échange entre Nicolas d’Aubray et Jehan d’Allonville avait été fait à l’insu de l’appelante. Le second appel émis par Jehan d’Allonville accusait Nicolas d’Aubray de vouloir par tous les moyens et sans bourse déliée s’approprier la châtellenie de Bruyères-le-Châtel. Il paraîtrait même qu’il avait eu un comportement analogue à Boissy et à Egly… Sans doute, afin de rendre plausible cette étrange action faite à l’insu de son épouse, Jehan d’Allonville affirmait que de passage à Paris, il aurait rencontré Nicolas d’Aubray et que celui-ci l’aurait si bien persuadé qu’il aurait signé ce contrat alors qu’il n’en n’avait, pas l’intention. En quelque sorte il qualifiait ce « prétendu échange » de captieux et frauduleux. D’ailleurs précisait-il, il n ‘avait jamais vu les certificats de constitution des rentes promises en contrepartie, lesquelles, en fait, étaient de diverses provenances et n’étaient pas du tout en rapport avec la valeur de la seigneurie. Il assurait également avoir communiqué à son « prétendu vendeur » les lettres notariales authentifiant le refus de sa femme.
	La conclusion de la Cour des Requêtes est pour le moins curieuse, tout en appréciant le bien-fondé des appels interjetés elle demandait « qu’en l’espèce l’appelant à son avantage sera la réconciliation d’entre lui et sadite femme quj était en voie de séparation et d’un divorce et en outre sera un « repas d’amour » pour eux et les enfants dont ils ont la charge jusqu’au nombre de six, tant fils que filles ». Je pense que le mot repas dit être interprété dans le sens de « réconciliation ».
	La Cour, après cet avis qu’on ne peut malgré tout appelé sentence, examina l’intimé (ou interpellation) de Nicolas d’Aubray par lequel il insistait sur le fait étrange que chacun des époux d’Allonville possédât son avocat et qu’à son avis, cette pseudo séparation n’était qu’une tragédie inventée par le mari dans le but de reprendre la terre de Bruyères pour la revendre à plus de profit. D’ailleurs, disait-il, le couple possédait deux seigneuries dont  l’une, celle de Louville, était d’un  bien meilleur rapport que Bruyères. Il allait même plus loin dans sa démonstration, exprimant le sentiment que les d’Allonville cherchaient à vendre la terre la moins productrice s’imaginant pouvoir trouver meilleur acquéreur que lui.. De plus, il doutait de  la sincérité de l’épouse quant à son refus de vendre, prétendant que ce n’était pas un scénario monté, car alors, pourquoi aurait-elle fait peu de temps avant cette procuration à son mari lui donnant le pouvoir d’agir en son nom et comme bon lui semblait pour tout ce qui concernait ses propres biens. Force est de constater que cette procuration est bien gênante pour la défense de Jehanne de La Rochette. En conclusion, et répondant à l’accusation portée contre lui concernant la demande de sentence de provision déposée en dépit des appels interjetés par les époux, il faisait remarquer l’étrange et surprenante  coïncidence que ces deux appels soient datés du même jour et de la même heure…. A son avis, il s’agissait d’une preuve supplémentaire que le couple voulait « se dépêtrer du contrat » espérant avoir mieux ailleurs.
	A ce point du récit, peut-on poser la question : QUI A TORT, QUI A RAISON ?
	La Cour, peut-être fort embarrassée demanda aux conseillers de donner leur avis. Le premier, M. de Marillac, exprima l’opinion que Jehanne de La Rochette ne pouvait s’être prêtée à une machination conçue par son mari. Elle aurait, paraît-il, été sollicitée plusieurs fois afin de céder son bien à un prix plus avantageux et aurait toujours refusé. Quant à la procuration faite à son mari, il était d’avis qu’il ne pouvait s’agir que d’un faux document, étant donné que la cession à Nicolas d’Aubray ne pouvait être réalisée qu’après la ratification par elle-même. Les autres conseillers étant du même avis, la Cour décida…. Rien, sinon de surseoir afin que les parties corrigent, ajustent à leurs plaidoyers ce que bon leur semblerait, produire toutes les pièces pouvant éclaircir cette affaire et les déposer au Greffe du Tribunal afin que procès soit entamé et que justice soit rendue.
	Dix ans vont s’écouler. Dix années de procès pendant lesquelles Jehanne restera dans ses terres. En fait la situation semblera se dénouer en 1567, année de son décès. Je dis bien semblera, car il y aura encore d’autres perturbations. Ses deux premiers testaments, l’un daté de 1557 et l’autre de 1561 dictés par elle furent annulés par celui qu’elle rédigea le 3 décembre 1566 alors qu’elle résidait à Louville. Elle était au lit, très malade, et de ses dernières volontés se dégage l’impression d’une femme qui sentant sa mort prochaine se reprochait son entêtement et désirait partir en paix, détachée de cette terre de Bruyères à laquelle elle avait semblé tant tenir Son dernier souhait était que les choses contre lesquelles elle avait tant lutté s’accomplissent, surtout pour le bien de ses enfants. Mais jusqu’à son décès elle se considérera toujours « dame de Bruyères ». Animée de ces bonnes dispositions, elle désirait que son mari dispose de ses biens et immeubles comme des siens propres et que les contrats passés entre Nicolas d’Aubray et lui soient « bons et valables » et si besoin était de faire la ratification qu’elle refusa jusqu’à son  dernier jour de faire, mais à la condition que les intérêts de leurs enfants soient préservés. De ce fait, elle nommait son mari exécuteur testamentaire ainsi que son neveu Jehan de la Rochette, seigneur de Dollainville.
	Cependant le contrat qui sera établi le 3 mai 1567 et qui rendait Nicolas d’Aubray enfin possesseur de la seigneurie ne tardera pas a être violé par lui-même, mais cela est une autre histoire….