Zone de Texte:        C’est exactement le 29 janvier de l’année 1907 que Jules Henner acquit le domaine d’Arny, alors composé du château et de ses dépendances, du parc, ainsi qu’une maison au hameau d’Arny et de 45 hectares 18 ares de terres, le tout pour la somme de 130 000 francs.
          Jules Henner était importateur de feutres d’Amérique du Sud, mais il était aussi le neveu du peintre Jean-Jacques Henner mort deux années auparavant, lequel a laissé de nombreuses œuvres, portraits, paysages, scènes religieuses, natures mortes et nus, qui lui valurent en 1858 le prix de Rome et celui de l’Institut en 1889. La famille était d’origine alsacienne. 
          En dépit du fait que Jules Henner habitât Paris, il fit plusieurs acquisitions à Bruyères par l’intermédiaire du jardinier du domaine, Léon Louche : en 1907, 21 ares de pré plantés de jeunes peupliers, au lieu dit « Les Vingt cinq Arpents » ; en 1911 : 56 ares de bois au champtier du Bois de la Bête : enfin en 1913, une maison située à Arny et comportant un étage ainsi que diverses dépendances. Ce dernier achat fut l’objet de tribulations en raison d’une clause fort obscure qui liait les héritiers à l’ancien propriétaire de cette maison. L’achat en devint encore plus compliqué, car malheureusement, deux jours après la signature de l’acte de vente, Jules Henner décédait subitement. Alors qu’il traversait la Place de l’Odéon à Paris, il fut renversé par un autobus et mourut sur le coup. Cependant son épouse, légataire universelle, poursuivit la vente. Philippine, Emilie, Marie Dujardin, sa  veuve, était fille d’un notaire de Mulhouse. Le couple s’était uni en 1883. Madame Henner se consacra alors à la création d’un musée, qui existe toujours à Paris au 43 avenue de Villiers, dans lequel les oeuvres du peintre Jean-Jacques Henner furent rassemblées. Cependant, par souci de conserver le domaine dans la famille, et n’ayant pas eu d’enfants, elle institua légataires universelles, Marie-Thérèse, Monique et Odile Brault, petites-filles de sa sœur Thérèse qui avait épousé un  notaire, Maurice Brault, et dont le fils Pierre, avait été tué dans la Somme en juillet 1916, laissant ainsi ses trois filles orphelines. La sœur cadette de Marie Henner, Frédérique Dujardin resta célibataire et mourut en 1966 à l’âge de 97 ans.
          On ne sait si les deux tantes et les trois nièces demeurèrent à Arny. Ce qui est certain toutefois, c’est qu’elles y résidèrent souvent jusqu’en 1949. Des trois héritières la plus jeune, Odile, avait épousé Etienne Corpechot, notaire à Paris. Leur fils Rémy, notaire également, qui possédât encore jusqu’à ces dernières années la ferme d’Arny connue sous le nom de ferme de Buchette, nous a confié avoir fait ses premiers pas dans le parc d’Arny au cours des fréquents séjours de ses parents au château. Il a évoqué les souvenirs des journées merveilleuses passées au domaine avec toute la famille réunie. Il paraîtrait même, qu’en juin 1944, Mademoiselle Frédérique Dujardin par un pieux mensonge, aurait éconduit dans leur propre langue, qu’elle parlait parfaitement, des militaires allemands qui voulaient s’installer au château.
           En 1949, trois ans après le décès de madame Henner, le domaine fut donné  en location à charge d’entretien, au Centre Catholique Richelieu de la Sorbonne. Ici, il devient opportun de conter un peu plus en détail ce que fut cette invasion de jeunes se réunissant à Arny, qui fit quelque peu trembler les Bruyèrois à leur arrivée, mais qui ravit la très catholique mademoiselle Dujardin, usufruitière du domaine. On doit dire que nos villageois très vite furent rassurés, tant la bonne humeur, la joie de vivre, le respect d’autrui de ces jeunes étudiants, conquirent complètement les plus rebelles d’entre eux.
          Mais pourquoi la Sorbonne à Arny ? Ce fut une idée de l’abbé Charles qui cherchait un pied à terre campagnard à proximité de la capitale pour réunir les étudiants dont il avait la charge spirituelle, y organiser des conciles, des sessions de réflexion et de détente aussi. En fait, cette idée lui trottait dans la tête depuis pas mal de temps : « je suis tout à fait décidé, écrivait-il à ses parents, à louer l’an prochain une grande propriété pour tous mes camps où nous pourrions passer tranquillement les vacances ensuite. J’ai absolument besoin d’avoir une vraie campagne pour me reposer : silence, verdure, eau me sont absolument nécessaires ».
Avant de poursuivre l’histoire de ce qui fut appelé « les Années d’Arny », il faut dire  quelques mots sur l’aumônier de la Sorbonne, Monseigneur Charles, ou plutôt à cette époque, l’abbé Charles. Avant d’être nommé dans ce grand centre estudiantin il s’était toujours occupé de chantiers de jeunesse et son désir, la guerre terminée, n’était pas de rester vicaire d’une paroisse mais de poursuivre une action avec les jeunes. C’est en 1944, alors qu’il était  vicaire à Saint Etienne du Mont, qu’on lui proposa enfin, après maintes tribulations, le poste de directeur du foyer des étudiants catholiques de la Sorbonne. Cette nomination officielle en 1945, lui posa cependant un problème, car il y avait plusieurs autres aumôniers officieux. Il devra lutter pour créer ce Centre Richelieu dans une Sorbonne d’après guerre qui n’était pas sortie indemne de tant de bouleversements. En l’espace de quelques mois il va poser les fondations d’une œuvre qu’il dirigera pendant quinze ans et qui continuera sur sa lancée après son départ. Il institua un nouveau style d’aumônerie et intensifia la formation théologique, lança sa première Semaine Sainte et le premier Pèlerinage à Chartres. Ceci n’est qu’un bref aperçu de toute son action qui bouleversa complètement  les structures de l’aumônerie de la Sorbonne .
Ainsi, il découvre Arny, et nous pouvons lire la description qu’il en fit dans le journal de la Sorbonne : « Bruyères-le-Châtel : un kilomètre et demi. Appuyant sur les pédales et après un dernier effort, j’arrivais devant une grille que je poussais et trouvais devant moi un de ces châteaux de la fin du XIXème siècle, comme il y en a tant en Ile-de-France, avec son étang couvert de nénuphars, son parc aux allées ombreuses, son parc aux moutons, ses  nuées de moustiques et sa prairie… »
Effectivement, le domaine d’Arny situé à moins d’une heure de Paris par le train, offre un lieu privilégié pour les projets de l’abbé Charles qui s’empressa d’aménager les lieux pour un premier concile. « Pour Arny, cela marche très bien, écrit-il dès 1979, il y a des lits partout (…) Nous avons un beau réfectoire avec tables, sièges dans l’ancien garage ; la cuisinière avec fourneau et gaz est installée dans le logement de l’ancienne concierge »
Ces conciles qui se déroulaient dans une atmosphère « bon enfant » conjuguaient les loisirs, la piété et avaient pour but également de compléter une formation afin d’accueillir la prochaine rentrée d’étudiants. Le déroulement en était réglé dans les moindres détails et faisaitt l’objet d’actes publiés dans la revue du Centre Richelieu. Cependant ils troublèrent parfois le calme champêtre de Bruyères, est-il dit, et il arriva que les voisins s’inquiétèrent en percevant des chants dont l’air rappellait quelques refrains maréchalistes. Cependant ils se rassurèrent vite lorsqu’ils purent en percevoir les paroles : 
«  Abbé Charles, nous voilà : - Devant toi le Sauveur de l’Eglise. Nous jurons, tous talas—D’employer les moyens qu’il faudra—Abbé Charles, nous voilà : - Même si nos études s’éternisent—La Sorbonne renaîtra—Abbé Charles, abbé Charles, nous voilà ».
Beaucoup d’autres chants mettaient en scène l’abbé Charles et le présentaient sous toutes ses humeurs : autoritaire, changeante etc.
Zone de Texte: La vue ci-contre présente l’abbé Charles debout, à Arny sous les tilleuls en 1957. A sa droite, l’abbé Jean-Marie Lustiger, futur évêque de Paris.
.Enfin, les « Années d’Arny » s’achevèrent. Le domaine fut vendu en 1957 à la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques. La ferme et les terres restèrent cependant la propriété des anciens propriétaires. Quelles raisons justifièrent cette vente. Cela on l’ignore.
Zone de Texte: L’Abbé Charles et ses étudiants pendant un des conciles du Centre Richelieu à Arny
Zone de Texte: Toutes les informations concernant le Centre Richelieu et son abbé si dynamique, proviennent du compte rendu d’une conférence et d’un ouvrage « Monseigneur Charles, aumônier de la Sorbonne, 1944-1950 » que l’auteur, Samuel Pruvot, jeune journaliste à France Catholique m’avait, il y a quelques temps, communiqués, ce dont je le remercie.
Zone de Texte:           Quelques années plus tard le domaine s’appela Centre Pierre Hereng, du nom de son directeur décédé. En 1982 le Centre fut fermé et les entreprises se dispersèrent en d’autres lieux. En 1986, après l’obtention d’un permis de démolition, tous les bâtiments industriels qui avaient été construits entre 1962 et 1970 furent rasés. Le motif invoqué en était la vétusté et la détérioration des constructions. Il s’agissait de neuf bâtiments d’un ou deux étages et d’un magasin. Le pavillon du régisseur et celui dit « pavillon aux chèvres » qui avaient servis à aménager les cuisines et la salle à manger pour le personnel des entreprises, furent également démolis. Ils étaient antérieurs à la création du Centre Pierre Hereng. Fut aussi abattu le pavillon du jardinier, appelé « pavillon aux moustiques », qui se trouvait à gauche du portail sur la route près du pont d’Arny qui enjambe la Remarde. L’étang qui s’étendait devant la petite maison, justifiait le  surnom donné à cette construction par la profusion de ces insectes qui harcelaient les peaux trop sensibles.












          La nature peu à peu reprit ses droits et le château resta seul et abandonné entouré de son parc de 25 hectares. Les arbres grandirent, l’herbe envahit les parkings qui s’étendaient jadis devant les bâtiments, les ronces s’entrelaçant édifièrent un rempart de plus en plus épais qui défendit l’accès à la rivière. Seul le pavillon d’entrée resté debout était encore visible lorsqu’on passait sur le chemin  aujourd’hui déserté et qui auparavant reliait la gare au village. Il y eut plusieurs projets, sans doute irréalisables puisqu’ils échouèrent, jusqu’au jour où un mouvement chrétien, les Focolari, acheta le domaine.  C’était en juin 2000. Les nouveaux propriétaires projetèrent d’en consacrer une partie à leurs activités, lesquelles sans entrer dans les détails, sont toutes dirigées dans un dessein noble, tout en assignant au château un rôle de centre d’accueil pour diverses activités autres que les leurs. L’autre partie était, en harmonie avec la municipalité, destinée à édifier par les soins de divers entrepreneurs, une petite zone pavillonnaire, des locaux artisanaux et industriels, éventuellement une maison de retraite, tandis que la partie du parc la plus pittoresque serait laissée à la nature en y aménageant un lieu de promenade pour les Bruyèrois. Leur arrivée ne laissa pas les Bruyèrois indifférents et une rumeur injustifiée s’éleva contre eux. Sans doute oubliait-on déjà « les années d’Arny » et l’abbé Charles qui n’avaient en rien perturbé la vie villageoise, bien au contraire ? A ceci vint se greffer un changement de municipalité qui entreprit un nouvel examen des perspectives initiales contrariant ainsi le déroulement des réalisations projetées. Néanmoins, dans le même temps, le château et le parc s’animent à nouveau et se rénovent, grâce en grande partie à la main d’œuvre bénévole, ce qui,  dois-je le dire, réjouit le cœur de mon ami le « Vieux Bruyères »  désireux de voir se concrétiser un projet destiné à ouvrir ce beau patrimoine à tous les besoins de notre village et certainement bien au-delà….


Zone de Texte: L étang et le pavillon au fond  d’après une carte postale du début XXème siècle.

Château et parc actuellement

Zone de Texte: LE DOMAINE D’ARNY
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Zone de Texte: LE DEVENIR DU DOMAINE D’ARNY
Zone de Texte: ET MAINTENANT ?
Zone de Texte: 	Voici 13 années que les Focolari sont installés à Bruyères. Leur patience, leur courage ont su, tout au long de ces années, susciter la sympathie de ceux qui les ont connus tandis que l’aide spontanée qu’apportent de très nombreuses bonnes volontés provenant de toutes les régions de France — qu’à chaque printemps, chaque automne, on  peut voir rejoindre Arny par dizaines…, pour une, ou deux semaines — a permis de commencer à aménager, embellir et donner vie à ce domaine. 
	Mais que sont-ils alors, les Focolari, pour avoir motivé à la fois rejet et sympathie de la part des Bruyèrois ?
	Il sont un mouvement ancré dans l’Eglise catholique, depuis plus de 50 ans maintenant, mais que rejoignent aussi des fidèles d’autres églises, des membres d’autres religions ainsi que des personnes sans référence religieuse. Leurs principaux objectifs sont, entre autres, de mettre en pratique  dans tous les domaines : familial, social, économique, culturel, le message de l’Evangile, dont deux phrases en particulier sont la clé de voûte de leurs actions : « Aimez-vous les uns les autres » et « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux »….  Un message que la violence de la dernière guerre mondiale leur a fait re-découvrir comme le seul bien que les bombes ne peuvent détruire. 
	 C’est ainsi qu’en 1943, à Trente (Italie) Chiara Lubich, se trouva toute jeune encore, être à l’origine de ce mouvement quand, face aux  conséquences tragiques et quotidiennes de la guerre, animée d’une foi chrétienne profonde, elle se tourna vers les plus démunis, de toute condition, afin de les aider et réconforter. Entourée tout de suite de quelques unes de ses compagnes qui partagèrent son même élan, le petit groupe rapidement grandit et se diversifia pour accueillir ceux ou celles, de tout âge, état de vie ou condition, que son rayonnement attirait. Il se voit aujourd’hui présent sur tous les continents  et dans la plupart des pays, sous le nom désormais bien, connu de Mouvement des Focolari (« le foyer » au sens de l’âtre où brûle le feu).
	 Chiara Lubich, sa fondatrice, put ainsi inaugurer une période de grande ouverture aux diverses composantes et cultures de notre monde actuel, partout où la vie du Mouvement permettait que s’engage et s’approfondisse de façon nouvelle ce dialogue sans frontières, auquel aspire l’Eglise toute entière. 
	Différentes distinctions furent par la suite attribuées à Chiara dans diverses parties du monde. Toutes ont souligné quel est, dans nombre de domaines (de la théologie à la science, de l’art à l’éducation, etc…), l’apport spécifique de cette nouvelle spiritualité vécue ensemble, « communautaire » donc.
	Décédée en 2008, Chiara eut à cœur d’assurer la continuité du mouvement qu’elle savait né pour apporter au cours des siècles à venir, sa contribution à l’unité de la famille humaine. (Est actuellement présidente élue du Mouvement international des Focolari, Maria VOCE).
	C’est ainsi que, malgré les difficultés rencontrées, le mouvement des Focolari—dont quelques membres vivent aujourd’hui à Bruyères—s’est implanté en 2001 à Arny pour que ce site devienne peu à peu en France un lieu de rencontre, de vie concrète, de témoignage et d’échanges pour tous… familles, jeunes, enfants, prêtres, religieux et religieuses, personnes engagées dans la vie professionnelle, sociale, politique, associative….
	La porte en est donc grande ouverte, et mon ami le « Vieux Bruyères » vient souvent y chercher à l’ombre des grands arbres du parc, un peu de cette bonté et amour pour les autres qui rayonnent autour des hôtes qui y demeurent et continuent d’œuvrer pour le bien de tous.
Zone de Texte: PHOTOS DE RENCONTRE DE FOCOLARI