Zone de Texte: LE MONOGRAMME « AM »
Zone de Texte: 	Le monogramme  « AM » reproduit ci-dessus figure sur  l’autel et le banc seigneurial de la chapelle de la Vierge de notre église Saint Didier jadis appelée la chapelle seigneuriale. Depuis peu,  il suscite certaines interrogations. Est-il celui représentant l’Ave Maria, ou celui de la reine Marie-Antoinette, l’épouse de Louis XVI ? En fait, l’attention  ne s’était jamais portée sur ces initiales et l’idée d’en saisir la signification ne s’était pas présentée jusqu’alors. Se rencontrant dans beaucoup d’églises catholiques on pensait, à juste titre, que c’était les initiales de l’Ave Maria. Or, un jour, quelqu’un me fit remarquer qu’il pouvait s’agir du monogramme de Marie-Antoinette. A priori  cela peut sembler curieux que cette reine soit ainsi évoquée dans une petite église comme celle de Bruyères-le-Châtel. Pourtant, plusieurs éléments peuvent conduire à cette supposition, sinon certitude, sans toutefois écarter la représentation de l’Ave Maria, laquelle d’ailleurs pourrait très bien s’assimiler et se confondre avec cette hypothèse.
	En premier lieu examinons les éléments constitutifs en faveur d’une évocation de Marie-Antoinette :
La Révolution française de 1789 au cours de laquelle la reine de France fut guillotinée causa, entre autres, beaucoup de dommages à notre église. Elle fut pratiquement dépouillée de tous ses ornements, témoins les gisants martyrisés et transportés hors de l’édifice, les vitraux fracassés (à l’exception, toutefois de ceux dans les remplages des fenêtres parce que trop hauts…), plaques funéraires détruites, etc…. Or le banc seigneurial n’ayant certainement pas échappé à cette fureur de destruction fut, probablement, restauré ou reconstruit  à la même époque que l’érection de l’autel de la chapelle de la Vierge, c’est-à-dire vers 1825.
Or, cet autel fut édifié par les fils Charlet et dédié à la mémoire de leur mère Catherine Charlet née Dugué, décédée en 1825. Le mémoire du menuisier possédé par les descendants de cette famille atteste cette époque. Des deux fils Charlet, l’un Alexandre fut le châtelain du domaine d’Arny de 1817 à 1868, l’autre Théodore, celui du château de Bruyères de 1820 à 1864. Ce dernier était également le secrétaire de la duchesse d’Angoulême, fille de Marie-Antoinette et de Louis XVI. Il avait surtout en charge la gestion de toutes les bonnes œuvres de la duchesse. Ce poste lui avait été réservé sur la recommandation de son beau-père, Guillaume Tardivet, ancien garde du Roi qui faillit être tué devant la porte de la reine le 6 octobre 1789 (journée d’invasion du château de Versailles par les femmes parisiennes et qui eut pour conséquence le retour définitif de la famille royale à Paris). Ce dernier rejoignit le futur Louis XVIII  en  exil à Hartwell House dont il fit partie de la garde.
La duchesse d’Angoulême, qui après sa libération du Temple avait rejoint en exil son oncle Louis XVIII, épousa en 1799 à l’âge de 20 ans, son cousin Louis-Antoine d’Artois, duc d’Angoulême et fils du futur  Charles X, deuxième frère de son père. Elle rentra en France en 1814 lors de la Restauration et vint assez souvent à Bruyères, quoique le château du baron Charlet ne constitua pas la résidence principale de ce dernier, lequel demeurait en principe à Paris. Elle étendit ses bonnes œuvres sur notre village et installa en 1819 des sœurs de Saint Vincent de Paul ayant pour mission de recevoir les filles à l’école et de donner des soins aux malades. Elle séjournait souvent au château et occupait alors la chambre dite « de Saint Louis » et c’est durant ses séjours qu’elle organisait avec Théodore Charlet le programme de ses bonnes œuvres. En 1830 elle fit un don de 300 francs pour distribuer du bois à brûler et du pain aux malheureux du village1.
Outre la similitude des initiales apposées sur l’autel et le banc seigneurial de l’église avec les autres modèles découverts dans nos recherches, l’époque à laquelle ces deux éléments de l’église ont été construits correspond aux séjours de la duchesse à Bruyères. Il faut aussi considérer les liens d’amitié plus que professionnels qui semblent avoir existé entre la duchesse et son secrétaire. André Castelot dans un de ses ouvrages, rapporte que lors de la Révolution de juillet 1830 qui mit fin au règne de Charles X, alors qu’elle était à Vichy, le baron Charlet vint au devant d’elle et la rencontra à Tonnerre où il lui procura une voiture légère qu’il conduisit lui-même pour rejoindre le roi à Rambouillet. Au cours de ce nouvel exil en Angleterre, la duchesse lui ayant donné procuration, il continua à suivre ses comptes chez plusieurs banquiers à l’étranger et échangeait une correspondance suivie avec elle. D’août 1830 à 1851, année du décès de la duchesse, il en reçut 293 lettres dont une grande partie est encore dans la famille2.
	Tout ce qui précède, étant donné les liens amicaux qui l’unissait à la famille Charlet et à notre village, peut nous inciter à déduire que la duchesse d’Angoulême a voulu participer aux embellissements de la chapelle de la Vierge et surtout rendre hommage à sa mère comme les fils Charlet rendaient hommage à la leur.

1-  Cf. Ch.Balufin : le XIXè siècle, in : « Bruyères-le-Châtel d’hier et d’aujourd'hui ». Assoc. Hist. « Vieux Bruyères », 1995, p.86.
2—Cf. J. Soizeau Saint Martin, la famille Charlet à Bruyères-le-Châtel, in : « Le Domaine d’Arny », Assoc. Hist. « Vieux Bruyères », 1992 (l’auteur étant un descendant de la famille Charlet)

 

 

 

  1

 

 

 

 

2

 

 

 

 

3

 

 

 

 

 

4

 

 

 

5

 

 

 

 

 

6

 

 

 

 

5

 

 

 

 

 

 

 

6

 

Zone de Texte: 	Pour conclure, je dois avouer que s’il s’agit d’un mystère, il est difficile d’affirmer quoi que ce soit, on ne peut que supposer, surtout concernant le monogramme de l’église Saint Didier, lequel peut être interprété de deux façons, étant donné que la chapelle dans laquelle est placé le banc seigneurial se nomme chapelle de la Vierge. D’autre part, sur la deuxième partie du banc seigneurial, deux autres initiales dorées entrelacées, du même style, posent également des interrogations. Un C et un S qui peuvent être attribuées à Sainte Claire qui figure sur un des vitraux du mur Nord de la chapelle. Cela pourrait s’expliquer du fait qu’une confrérie portant son nom fut créée afin de récolter des fonds pour restaurer l’église après les dégâts causé pendant la Révolution. En revanche, elles peuvent aussi être attribuées à Sainte Catherine, en raison 1°) du tableau surmontant l’autel de la chapelle, qui représente le mariage mystique de Sainte Catherine d’Alexandrie avec l’enfant Jésus. 2°)  Sainte Catherine étant la patronne de Catherine Charlet en souvenir de qui l’autel fut érigé. Pour persister dans le domaine des suppositions, on pourrait conclure que sur un dossier du banc Marie-Antoinette est évoquée et sur l’autre, Catherine Charlet. Pourquoi pas ?
Zone de Texte: 	Avant d’aborder la deuxième hypothèse, précisons qu’un monogramme ou chiffre était composé d’une lettre représentant l’initiale, ou de deux lettres pour un nom composé, ces lettres étant confondues ou entrelacées pour former un seul caractère avec ornements ou non. On peut le retrouver sur n’importe quel objet appartenant à son propriétaire. 		 
	Ceci dit, il ne faut pas perdre de vue que ce monogramme AM représente dans les églises celui des premières paroles prononcées par l’ange Gabriel lors de l’Annonciation à la Vierge Marie : Ave Maria. Or, en faisant quelques recherches plus approfondies, j’ai pu constater que sur les monuments les plus anciens, l’Ave Maria était représenté par des initiales répondant à certains critères géométriques et symboliques comme le montre l’exemple ci-dessous :
http://www.er.uqam.ca/nobel/r14310/HQ/MEMBRES/Images/Sulpiciens/Monogramme/AM/m.gifhttp://www.er.uqam.ca/nobel/r14310/HQ/MEMBRES/Images/Sulpiciens/Monogramme/IMAI/m.gifZone de Texte: 1) Lettres AM superposées : on note l'absence des empattements caractéristiques des « I » en haut et en bas.
2) Détail du monogramme AM tiré des armoiries du fronton de la clôture du vieux séminaire des Sulpiciens de Montréal
3) Lettres AM superposées : on note les empattements caractéristiques des « I » en haut et en bas

Ces monogrammes ont été relevés sur les bâtiments du Vieux Séminaire des Sulpiciens de Montréal dont l’ordre s’est établi dans cette ville en 1657. La construction de ce séminaire date de 1684 environ  et sur le fronton on peut y voir encore les armoiries encadrant le monogramme de l’Ave Maria :

Zone de Texte: 	D’après un Sulpicien, il n’est pas certain que ce monogramme soit celui de l’Ave Maria, quoi que le  blason soit l’emblème de l’ordre de Saint Sulpice. Il pourrait s’agir de celui représentant Jésus Marie Joseph : I MA I. Par contre Domenico Migliaccio dans un article intitulé « Les Terribles Lieux » dit avoir relevé ces mêmes initiales gravées sur une plaque d’invocation à la Vierge Marie, dans les jardins du presbytère de Rennes le Château. D’après lui la construction de ces monogrammes serait d’inspiration maçonnique
Zone de Texte: 	Un autre exemple est fourni par le monogramme ci-contre existant au Collège Saint Sulpice de Paris, dont les deux hampes verticales sont surmontées d’un point et d’un losange. Outre la représentation de l’Ave Maria il peut symboliser plusieurs emblèmes de la Vierge : Marie Annonciation, Marie Assomption, Mater Auxiliatrice… Les lettres MA se retrouvent également gravées dans un cœur à côté du monogramme représentant Jésus dans la chapelle Notre Dame de Bon Secours à Paris.  Enfin au Centre Louis Beaulieu de Bordeaux, lieu d’accueil et d’hébergement pour les personnes accompagnant les malades hospitalisés, les vitraux de la chapelle sont surmonté du même monogramme « Ave Maria ».
	Cette énumération, bien incomplète, a pour but de démontrer que les initiales AM se retrouvent dans beaucoup d’églises et sous deux formes différentes, suivant l’époque de leur construction. Celles de forme géométrique sont souvent  antérieures à la Révolution et celles de conception moins géométrique et ornées plus ou moins de fioritures sont retrouvées dans des constructions postérieures à la Révolution ou dans des édifices restaurés après cet épisode de l’histoire de notre France. Le fragment de vitrail ci-contre ou l’on voit en son centre les initiales AM illustre cet exemple.  Il se trouve dans  l’église Saint Roch à Paris qui bien qu’érigée entre 1623 et 1652, fut dépouillée de la plupart de ses ornements pendant la Révolution et restaurée par la suite.
Zone de Texte: MARIE-ANTOINETTE ou AVE MARIA ? Ou peut-être AVE MARIA et MARIE-ANTOINETTE ?
 
               Pourquoi cette double interrogation ? Outre les éléments cités en faveur de Marie-Antoinette, il faut peut-être rendre visite au château de Versailles, ou plus exactement au Musée consacré à Marie-Antoinette. Plusieurs objets sont exposés lui ayant appartenu, sur lesquels on retrouve ce même monogramme, peut-être pas toujours orné des mêmes fioritures mais dont le dessin est identique à celui reproduit dans l’église Saint Didier.
Exemples :
 1) ce drageoir en porcelaine de Limoges qui s’inspire du nécessaire à voyage de la reine,
 2) cette boîte à pilules également en porcelaine,
 3) ce mug également en porcelaine,
 4) ce fourreau de poignet,
 5) ce foulard.
 6) cette broche au monogramme
               Tous ces objets  furent tirés d’un grand coffre rectangulaire en acajou appelé nécessaire de voyage et marqué au chiffre de la Reine. Il renfermait tout aussi bien un nécessaire de toilette ou de couture, des verres, des flacons de cristal , de la vaisselle d’argent et de porcelaine. Ils  étaient tous marqués du monogramme de Marie-Antoinette. Ajoutons que ce même monogramme existe  encore de nos jours en différents endroits du Petit Trianon : rampe d’escalier, cheminée, cabinet particulier de la Reine....
               Les porcelaines ci-contre provenaient de la Manufacture de la Reine établie rue Thiroux à Paris. Ce fut à partir de 1770 que de nombreuses fabriques de porcelaine s’établirent à Paris afin d’échapper aux privilèges royaux qui interdisaient la fabrication de porcelaine ailleurs que dans les manufactures royales.  En 1778 la reine Marie-Antoinette honora de sa protection l’établissement fondé en 1776 par André Marie Lebœuf, et chaque pièce nouvellement fabriquée fut alors marquée de la première lettre de sa Majesté, à savoir le A couronné. De là a-t-elle choisi pour ses objets personnels fabriqués dans la manufacture qui porta alors son titre, ce monogramme composé des initiales de son prénom ?
               C’est principalement au Musée de Versailles que l’on peut voir ces différentes oeuvres, ils ne sont pas formellement de l’époque et ont pu être reproduits d’après certains modèles conservés ou retrouvés dans la manufacture, car en fait, toutes ces fabriques de porcelaine créées en dehors des édits royaux, subsistèrent pendant et après la Révolution. Créé en 1895 la Réunion des musées nationaux fut chargée de recueillir des fonds afin d’acquérir des œuvres d’art dans le but d’enrichir les collections nationales. Elle devint en 1991 un établissement public national à caractère industriel et commercial. Ainsi à partir des œuvres d’art sont créés des produits mis en vente au public.
Zone de Texte: 	Cependant, si ces objets évoquent vraiment Marie-Antoinette, on ne peut laisser dans l’ombre que les initiales AM représentaient avant la Révolution et représentent encore l’Ave Maria. Alors Marie-Antoinette s’est-elle inspirée du monogramme virginal pour créer son propre chiffre ? Après  la Révolution son monogramme s’est-il substitué à l’ancien dans les églises, comme en peuvent témoigner les observations faites ci-dessus ? Néanmoins, l’hypothèse que Marie-Antoinette se soit inspirée du  chiffre géométrique, peut être  vrai semblable en voyant celui ci-contre brodé sur un torchon faisant partie de la collection du Musée de Versailles.
 

♦♦♦♦♦