Zone de Texte: LE CHÂTEAU DE BRUYERES-le-CHÂTEL
AUX 19ème et 20ème SIECLES
Zone de Texte: 	C’est en 1996 que le Frère Pancrace s’installa définitivement au château de Bruyères, où depuis quelques années déjà, il venait faire des séjours afin de gérer le domaine qui, à cette époque, abritait des locaux destinés aux enfants handicapés de l’Ordre.  Je fis sa connaissance en 1994. Rédigeant un  article destiné au bulletin de l’Association historique du «Vieux Bruyères » et relatif  aux établissements religieux ayant existé au cours des siècles  dans notre village, je fus interpellée par le fait que les premiers seigneurs de Bruyères et possesseurs du château étaient également des moines hospitaliers, non de Saint Jean de Dieu, mais de Saint Jean de Jérusalem. J’avoue qu’obscurément je faisais une confusion et j’avais besoin d’éclaircissements. Je téléphonai donc au Père Pancrace et lui exposai mon problème.  A sa demande, je me rendis au château où m’attendait une pile de livres et de documents concernant Saint-Jean-de-Dieu, son histoire, son dévouement et son amour du prochain qui l’incita à s’occuper des déshérités et fonder un premier hospice en Espagne, en fait ce fut la pierre angulaire de l’Ordre des Frères Hospitaliers de Saint Jean-de-Dieu. L’abnégation que cet homme déploya pour aller à la recherche des malheureux, les privations qu’il s’imposa, la fatigue aussi eurent raison de sa constitution et il mourut en 1550 dans sa cinquante cinquième année. C’est alors que les miracles se multiplièrent sur sa tombe, il fut  proclamé bienheureux en 1690 et bien plus tard, en 1930, Pie XI  le sanctifia et l’institua avec Sainte Camille de Lellis, patron des infirmiers et des infirmières de l’univers chrétien. Munie de toutes ces informations dont je ne vous livre qu’une infime parcelle, j’intégrai  donc l’histoire de l’Ordre des Frères Hospitaliers de Saint Jean-de-Dieu dans mon article où il occupa la majorité des pages. Ainsi le contact se noua avec le Frère Pancrace, lequel d’ailleurs j’ai toujours appelé Père Pancrace étant donné qu’il avait été pendant de longues années le Provincial de l’Ordre. Il s’intéressa aux travaux menés dans l’Association historique et je le consultais souvent dans le cadre des recherches que je faisais concernant la seigneurie de Bruyères. Quatre années s’écoulèrent lorsqu’un jour il me dit qu’il aimerait bien me montrer certaines archives qui étaient dans un placard du château. J’en avais vaguement entendu parler de ces archives, et je m’imaginais quelques chemises poussiéreuses contenant quelques documents jaunis…  Je vins donc à sa demande et je vis étalé sur presque la totalité de la grande table de la salle à manger, un monceau de documents jaunis bien sûr, mais en une telle quantité que je demeurai un instant suffoquée, me demandant comment j’allais venir à bout de tout cela. Le Père Pancrace me demanda alors de bien vouloir les dépouiller, les examiner, les classer et comme je lui disais que vraiment je ne pourrai pas venir régulièrement  faire ce travail au château,  il me donna alors une preuve de confiance, dont sur le coup je ne mesurai pas toute l’étendue. C’est ainsi qu’un par un, avec son autorisation, j’emportai à mon domicile les dossiers pour les dépouiller et en dresser un inventaire, tout en relevant ce qui m’intéressait afin de pouvoir raconter l’histoire de la seigneurie de Bruyères-le-Châtel sous l’Ancien Régime. Trente sept boîtes d’archives furent ainsi constituées. Cependant, je dois dire qu’un premier travail de dépouillement, sommaire il est vrai,  avait été effectué sur la moitié des dossiers,  et cela m’a aidé pour la suite. En outre, en comparant l’écriture sur la chemise de certaines pièces, j’ai pu attribuer ce premier travail à Etignard de La Faulotte, qui en son temps, avait acheté le château à Eugène Lefaucheux…. Mais revenons à ces dossiers, que scrupuleusement je ramenais au château dès que j’en avais relevé tout le contenu. Ils étaient alors entreposés dans un des placards aménagés dans les lambris d’un des salons, en proie à la poussière et… aux souris. Presque tous les cartons étaient écornés, déchirés, retenus par une sangle ou une ficelle qui se délitait dès qu’on voulait la défaire et avant de les rentrer dans la maison  je les ouvrais dehors, secouant délicatement chaque pièce dont tombaient des fragments de papier, des poussières et ...des crottes de souris…. Un jour même, dans le fameux placard, j’ai découvert une de ces bestioles morte ! Je pense que jusqu’ici l’importance  du trésor que ces documents représentaient n’avait pas été perçue. Ce fut donc grâce au Père Pancrace et aussi grâce à l’administration de l’Ordre de Saint Jean-de-Dieu, que des boîtes de transfert bien solides, remplacèrent les anciennes et qu’une armoire forte à fermeture chiffrée, put recueillir les précieux documents. Je mis un certain temps à faire cet inventaire, chacune des trente sept boîtes renfermait plusieurs dossiers dont il fallait prendre connaissance afin d’en extraire un bref résumé, ou vérifier l’exactitude de celui qui parfois avait été fait jadis, et constituer un  registre récapitulatif. L’écriture des textes dont l’encre avait pâli, variant selon les époques, ainsi que l’état du document parfois déchiré ou mangé par les fameuses souris ne facilitaient pas toujours la tâche….Mais je ne rendrai jamais assez grâce au Père Pancrace de m’avoir ouvert le « placard aux archives »  et de m’en avoir laissé disposer du contenu afin de le faire connaître aux personnes intéressées par l’histoire de notre village.
Zone de Texte: Il m’a semblé que le chapitre concernant les derniers et actuels propriétaires du château ne serait pas complet, si je n’y évoquais un personnage qui a marqué notre village et la vie du château. En effet sa personnalité, l’attachement au domaine, les soins qu’y a apporté Frère Pancrace durant de longues années, ne peuvent rester dans l’ombre et méritent de passer, sinon à la postérité (car j’ignore combien de temps ce site perdurera) mais de le faire figurer parmi les hommes qui ont marqué notre village et que je me plais à tirer de l’ombre. De sa vie religieuse en tant que frère de l’ordre de Saint Jean de Dieu, il ne m’appartient pas d’en parler. Ayant raconté mes souvenirs personnels et le lien qui existait entre le Frère Pancrace et moi-même dans la dernière lettre de l’amie, laquelle lettre ce jour devait être remplacée par une nouvelle, j’en transfère le texte dans cette rubrique. Cependant cette simple évocation de ce religieux serait incomplète si on passait sous silence la douloureuse et extraordinaire aventure qui marqua sa jeunesse.
C’est pour cette raison, qu’avant d’évoquer mes propres souvenirs, je vais laisser la plume à mon époux, Luc Balufin, lequel bien qu’il ait fait sa connaissance par mon intermédiaire, a percé bien mieux que moi la personnalité de Pierre Gartiser, Frère Pancrace en religion. Il peut se flatter d’avoir été son ami, grâce aux longs entretiens qu’ils eurent ensemble et les confidences qu’il lui fit sur un épisode de sa vie particulièrement difficile. Voici donc un résumé de ces longues causeries qui ont fait, par les soins de mon époux et à la demande de Frère Pancrace,  l’objet d’une brochure relatant les faits qu’il vécut dans cette période exceptionnellement malheureuse de notre histoire.
Zone de Texte: 	Le 3 janvier 2011 Pierre Gartiser, frère Pancrace en religion, nous quittait dans sa 93ème année. Connu et aimé de tous, nombreux furent ceux qui s’associèrent pour lui rendre un dernier et vibrant hommage. Sous un aspect réservé voire sévère pour qui  le connaissait peu, se dissimulait un homme pétri d’humilité, de rigueur et de générosité. Son courage n’eut d’égal que sa modestie. J’ai eu la chance d’être son ami et de me voir confier ses souvenirs de déportation. On trouvera ci-après évoquée succinctement, l’odyssée d’un homme d’église que rien n’avait préparé à vivre de si redoutables événements : 
C’est le 22 février 1943 alors qu’il parachevait ses études d’infirmier bactériologiste dans un hôpital à Lyon que Pierre Gartiser fut arrêté par la police allemande. Son crime ? Avoir favorisé l’évasion d’un officier parachutiste anglais. Jouant d’une insigne malchance, ce dernier non seulement était tombé entre les mains de l’ennemi mais avait contracté la diphtérie. Conduit en chambre d’isolement dans l’hôpital où exerçait P. Gartiser, les deux hommes se prirent spontanément d’une sympathie mutuelle fondée notamment sur une même détestation de l’occupant. Après avoir truqué les résultats d’analyse du malade afin de prolonger son séjour hospitalier, P. Gartiser fit en sorte d’établir des contacts avec la Résistance dans la perspective d’une évasion qui réussit parfaitement et à laquelle il prit une part active. 
 	Guidé par son patriotisme, le bon frère ne s’était pas posé trop de questions quant aux conséquences de ses actes.  Il allait  bien vite en mesurer le prix. La police allemande en effet n’eut pas beaucoup de mal à  le confondre.  Promptement arrêté,  remis entre les mains des nazis, il  eut le redoutable privilège d’être interrogé par le sinistre Barbie de triste  mémoire. Torturé, terrorisé, affamé, il conserva le silence et parvint ainsi à décourager ses tortionnaires qui choisirent finalement de le déporter au camp de Sachsenhausen près de Berlin où il arriva le 30 avril 1943 après un voyage cauchemardesque. Il dut à ses connaissances médicales et sa parfaite connaissance de la langue allemande de « bénéficier » d’un régime un peu moins inhumain que celui de ses camarades. Employé en effet au laboratoire de l’infirmerie, il ne fut cependant pas épargné par les multiples brimades, les appels interminables ponctués d’exécutions sommaires et les cruelles conséquences d’une alimentation indigente. Pourtant, pendant tout son séjour il s’employa à réconforter les plus atteints par la maladie, usant de sa fonction pour  les maintenir le plus longtemps possible à l’infirmerie, partageant quand il le pouvait sa maigre ration avec les plus affamés.

Frère Pancrace en

déportation

Zone de Texte: Dans cet univers sans horizon, les jours vont se succéder avec une désespérante similitude, ponctués par les corvées inhumaines pour lesquelles les SS n’étaient jamais à cours d’imagination. L’aide apporté par P. Gartiser  à ses camarades sera d’autant plus méritoires qu’il se découvrira très vite une maladie redoutable : La tuberculose. IL n’était évidemment pas question d’en faire état, toute maladie de cet ordre conduisant sans délai au four crématoire. Seul, l’activité relativement peu fatigante de son emploi et le séjour à l’abri des intempéries allaient lui permettre de rester en vie.
	Fin janvier 1945, devant la poussée des troupes alliés, le haut commandement allemand décida d’évacuer les camps. Commença alors l’ultime épreuve qui entrera dans l’histoire sous le vocable de « marche de la mort ». Conduits sans ménagement à marche forcée en direction de la Baltique, sans nourriture, torturés par la dysenterie, épuisés, abandonnant en bord de route les plus malchanceux que les SS délivraient d’une balle dans la tête, P. Gartiser et ses camarades parvinrent enfin  au terme de leurs épreuves lorsque leur geôliers, n’ayant plus rien à espérer,  prirent la fuite au contact des troupes américaines. Pour autant, la liberté eut vite un goût amer car aucune structure n’avait été mise en place pour accueillir les déportés. Il fallut encore se débrouiller pour survivre mais cette fois il est vrai, en hommes libres. Faisant alors preuve une nouvelle fois de ce sens de la fraternité qui avait régi toute sa vie, frère Pancrace accepta, malgré sa maladie, de différer son rapatriement pour s’occuper des plus éprouvés. Ce n’est que le 6 juin qu’il retrouva le sol français.
Zone de Texte: 	Après quelques semaines réconfortantes au sein de sa famille qui ne l’avait jamais abandonné, un séjour en sanatorium eut raison de sa maladie. L’épilogue de cette terrible aventure fut à l’image du personnage, c'est-à-dire empreinte de discrétion. Il reprit sa place au sein de l’Ordre de Saint Jean- de- Dieu où plus tard il exerça d’importantes responsabilités.
Le plus étonnant peut-être de cette aventure, c’est qu’il n’en conserva aucune rancœur, la vengeance lui étant un sentiment étranger. Mieux encore, il me confia qu’à certains égards les épreuves vécues l’avaient fortifié moralement. Pour son courage et l’aide qu’il prodigua sans réserve à ses codétenus, frère Pancrace fut fait chevalier de la Légion d’honneur et reçu la Croix de Guerre avec Palme. Toute sa vie, il eut le don qui n’est donné qu’aux cœurs purs d’aider chacun à exprimer le meilleur de soi.
	En rédigeant ces lignes, mes pensées vont à sa famille que j’avais l’honneur de connaître ainsi qu’aux membres de l’ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu.
L.J.B.
Zone de Texte: 	Indépendamment de ces promenades de découverte dans le parc, le temps passant nous permit de mieux connaître et apprécier les moines du château. Nous étions toujours très heureux, mon mari et moi de les accueillir en notre maison et particulièrement le Père Pancrace qui venait très souvent le jeudi après midi nous rendre visites  au cours desquelles il confiait à mon époux les tristes péripéties de sa détention à Sachsenhausen. Un jour, il lui fit part de son désir  de relater tous les évènements qu’il avait vécu et lui demanda d’en faire la rédaction. C’est ainsi qu’une petite brochure naquit, bouleversante par les souvenirs évoquant son séjour en camp de détention où le « moine en enfer », (c’est le titre de ce recueil) se dévoua sans compter pour ses camarades et qui se termina par cette longue marche, dite marche de la mort, dont la fin, pour les survivants fut la libération….
	Je le revois encore, installé sur le canapé, évoquant ses souvenirs tout en grignotant les gâteaux que je savais ses préférés. Lorsqu’en  2005, la petite communauté qui résidait au château fut dispersée et que le Père Pancrace partit pour la maison de retraite de l’Ordre à Marseille, nous étions consternés. Cependant il revint quelques fois et fit quelques séjours à Bruyères. Nous étions toujours heureux  de le revoir. Puis ses séjours se firent plus rares, cependant un contact téléphonique régulier s’était établi entre nous jusqu’à un certain jour, où inquiets de son silence, nous avons appris qu’il s’éteignait doucement. 
	Voilà, vous qui l’avez connu, peut-être ignoriez vous ce petit épisode personnel. Les Bruyèrois, fidèles de l’office du dimanche, se rappellent sans doute sa longue silhouette mince, de sombre vêtue, discrètement  présente sur le côté gauche du chœur, se dissimulant presque derrière le pilier…. Si vous ne l’avez pas connu, vous saurez ainsi comment j’ai pu retracer un peu l’histoire de notre village et combien je lui en suis reconnaissante.
Ch.B.
Zone de Texte: Pendant la durée de ce travail, je me rendais souvent au château, et pas toujours pour y ranger les dossiers. Parfois le Père Pancrace m’emmenait dans une de ces virées à travers le parc… Le « Vieux Bruyères », qui comme toujours sans doute nous observait, s’est plu dans une de ses dernières chroniques à évoquer les soins qu’apportait le Père aux animaux, aux arbres et fleurs du parc, aussi je ne m’étendrai pas sur ce sujet, mais il est vrai que lorsqu’il m’emmenait dans une de ces tournées à traves les allées, je ne ressentais pas les soubresauts de la pauvre voiture malmenée dans ces chemins étroits, pierreux, les branches la griffant aux passages… je n’aurai jamais su découvrir tous ces recoins cachés sans lui. Sans lui je n’aurai pu jouir du spectacle des biches accourant à l’appel bruyant du klaxon pour venir jusqu’à moi chercher les croutons de pain que je lançais, admirer les nénuphars sur l’étang. Il aimait que mon mari vienne avec sa caméra surprendre les oiseaux, les biches et au temps des rhododendrons géants fixer sur un petit film ce spectacle si éphémère…. Un matin il nous appela pour nous dire qu’il y avait un  couple de foulques sur l’étang. Il avait accueilli aussi sur le miroir les bernaches, oies sauvages migratrices, dont certaines même se sont fixées ici, au grand déplaisir d’ailleurs des oies blanches qui pensaient être les seules occupantes du miroir. Je ne peux voir ces bernaches passer au-dessus de chez nous, par groupes de cinq ou sept formant un V, jacassant à l’envi, sans que ma pensée s’envole vers le Père Pancrace….
Zone de Texte: RECIT DE L.J. BALUFIN :
Zone de Texte: RECIT DE l’AMIE DU « VIEUX BRUYERES »